J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

336 HISTOlflE SOCIALISTE disputer aux représentants élus de Paris des lambeaux d'influence. A la vérité, elle ne Lira jamais à conséquences graves. Toul au plus peul-on dire que dans la suite, les Conseils de Légion qui représentaient le Comité central dans chaque arrondissement, contribuèrent à entraver la concentration si désirable de tous les pouvoirs militaires entre les mains du délégué de la Commune à la guerre. En tout cas, mis en face d'une Commune outillée pour la gestion el la conduite des affaires, le Comité central eut abdiqué immédiatement toute velléité de compétition cl d'insoumission; il se fut dissous, ce qui eut été le mieux, ou cantonné dans ses fonctions de « grand conseil de famille », comme se plaisai~nt à dire ses orateurs les plus diserts. }lais celle œu,.,.e de réfection, de restauration qui s'imposait, malaisée en loul lPmps, devenait impossible clans les conditions exceptionnelles où se mouvait la Commune. Du jour au lendemain, talonnée par d'impérieuses nécessités, la Commune a\'ail à réorganiser de Ioules pièces, en plus d'une administration militaire el d'une inspection des ateliers de fabrication des munitions el de fabrication cl de réparation d'armes, la plupart des grandes administrations publiques : Conlrif,ulions directes et indirectes, Douanes, Enregistrement, Domaines, Postes cl Télégrnphcs, el la Monnaie, el le Timbre, cl l'imprimerie Xationalc; en plus, les services d'ordre municipal : l'Administration des mairies, !'Octroi, l'Assislance, l'Enseignement. Joignez-y encore la Police car, quoi qu'on en clll, on ne pouvait après loul laisser les agents vers1illais conspirer dans les cafés des boulevards, dans les salles de rédaction et jusque dans les conseils de la Commune. Ajoutez l'Administration de la Justice et, puisque Paris est Paris, la surveillance des musées cl des bibliothèques, la garde el l'enlrelien de toutes les richesses artistiques el littéraires accumulées dans la capitale. Avec cela, besogne plus urgente s'il se peul, la Cômmune devait nourrir son peuple, cieux millions d'hommes, assurer à ce ventre énorme la quotidienne pàlure par l'arrivage régulier des subsistances. Elle de,·ail aussi servir sa solde à la garde nationale, chaque jour quatre cent cinquante mille francs; elle clevail enfin organiser la lutte armée, avoir l'œil aux remparts et aux forts, aux hôpitaux, aux ambulances cl aux arsenaux. Toul voir pour tout savoir el pour loul créer, en vingt-quatre heures, sur le champ, car les minutes alors valaient des années. üEuvre immense, colossale, à désespérer les plus audacieux, les plus confiants! Pour l'cnlrcp1·endre avec quelque chance de succès, il eQLfallu que, par avance, la Commune ei1l été certaine du concours enlier de centaines el de milliers de partisans dévoués, éclairés el capables. Le compte n'y est guère, quand on vient au fait. Elle ei1l, c'est vrai, de suite à son service des fractions, de larges fractions de l'ancien pelil personnel administratif qui, malgré les sommations de Thiers, ses menaces, ne désertèrent pas le poste commis à leurs soins. Ce furent les employés de l'octroi que nous avons vu, le 29 mars,

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