J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

:10'.! IIISTOIRE SOCIALISTE i:-ansavoir pu convaincre leurs antagonistes. La conciliation était une fois de plus à mu-l'eau. Pendant cc temps, des événements aussi g,·avcs se produisaient à Versailles. L'Assemblée nationale, poursuivant son œuvrc de guerre civile, étendait les pou,·oirs de la Préfecture de police à un certain nomb,·e de communes do la Seine-et-Oise. Comme pour se moquer, statuant ensuite sur la proposition Milliére déposée quelques jours auparavant, elle prorogeait ridiculement d'un mois l'échéance des effets de commerce, alors que, raisonnablement, il aurait fallu acco,·der aux commerçants des délais d'un an, de deux ans, de trois ans mCmc pour les soustraire h la faillite menaçante. Mais ce n'était là encore que broutilles. L'incident décisif devait se produire à la séance de nuit. Dès qu·aYait été connue l'énigmatique proclamation de l'amiral Saisset, dont nous avons parlé tout à l'heure, une émotion intense avait saisi l'Assemblée. Les fables les plus étranges circulaient. Les ruraux allaient jusqu'à croire ou feignaient de croire que Saissct el,derri~re lui, Thiers en personne, pactisaient a,·ec l'émeute, méditaient de s'appuyer sur Paris révolté contre l'Assemblée monarchiste. Suppositions franchement insensé~s ! ~lais la peur el la haine rsisonnen\-elles? Des conciliabules avaient été lenus entre les chefs de la droite. Les meneurs, décidés à. loul ,·isqucr, avaient résolu, disait-on, de débarquer Thiers, de le mettre en accusation el d'appeler au commandement suprême de l'armée, pour écraser Paris, la Révolution cl la République, Il.Il d'Orléans : Joinville ou d'Aumale. Ces passions grondaient el le complot se précisait quand débuta la séance de nuit. A l'ouverture, le président de la Commission chargée de rapporter sur la proposition d'Arnaud de l'Ariège, donl on connijll l'objet, circonvenu apparemment par Thiers, pria en phrases ambigul;s les auteurs de la proposition de la retirer, la discussion élanl pleine de danger. Les signataires hésitent. Thiers prend la parole. On croit qu'il va dissiper les obscurités, dire la situation. Poinl. • Si 1•ous êtes une Assemblée vraiment politique, déclarel-<I, je vous adjure de voter comme le propose la Commission el de ne pas vouloir des éclaircissement.8, qui, dans ce moment-ci, seraient très dangereux. L'11eparole malheureuse, dile sans mauvaise intention, ,,eul faire couler des torrents de sang ..• Si la discussion s'engage, pour le malheur du pays, vous verrez que ce n'est pas nous qui avons inlérèt à nous taire "· Sur ce, au milieu de la stupéfaction générale cl de l"émoi, le président Grévy lève la séance, qui n'avait pas duré dlx minutes. Vrai coup de matlre. Thiers, d'une part, éloulTail dans l'œuf le complot qui le menaçait; il se laissait le temps de négocier avec certains des conjurés, de les ramener. D'autre part - el c'était l'essentiel - il empechail la majorité de prononcer au cours de la discussion des paroles irréparables, de prendre des résolutions forcenées cl brutales qui, connues le lendemain à Paris, auraient définitivcmenljelé dans les bras du Comité central Ioule la bourgeoisie repu-

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