J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

292 IIISTOIRE SOCJALISTE .\ la faveur de ce mouvement dr r(•sislance des maires, de la presse et des hommes d'ordre, \"rrsailleq estimait aussi l'instant prnpice pour abollre les carlrs. L'O/{,1·itl de rAssemblée nationale arn,l publié le malin un long exposé d,• la situation. l.r f{Ouverncment y disait el expliqua il sa retraite, notait qu'il avait pa~st' ses pouvoirs aux moirrs chargés provisoircmPnl d'administrer la capitale. Puis il dénonçait le Comité entrai, sa rébellion marquée par l'exécution des génfraux Lecomte el Clémrnl Thomas, adjurait les départements de venir au secours du seul pouvoir régulier pour, avec lui, réprimer la sédition el tirer justice exemplaire des factieux qui besognaient de concert-il en avait preuve certaine - a,·cc les plus détestables agents de l'Empire el nouaient des intrigues avec le Prussien. A la séance de l'après-midi, le lon montait encore, el, à l'unanimité, l'Assemblée adoptait une proclamation au peuple el à l'armée, œuvre de l'académicien Vitel, c1uisuait la peur el la haine. Puis, à Langlois, à Brisson, à Léon Sa) mème qui de,nandaienl le droit commun pour Paris, Thiers répondait que la capitale ne pouvait êlre traitée comme une ville de 3.000 habitants. Enfin, Favre montait à la tribune el, véhément, l'écume aux lèvres, des sanglots dans la voix, prononçait contre la grande cité le plus abominable réquisitoire. D'emblée il s'opposait à Ioule transaction avec des hommes mellanl au-dessus de l'autorité légitime« je ne sais quel idéal sanglant el rapace •· Pas d'attente, pas de temporisation, le combat à outrance, immédiat contre ce Paris • qui accepte aujourd'hui des assassins dans son JI0lel de Ville ». El sachant son public, il avait le front d'ajouter : « Si quelques-uns des membres de celle Assemblée tombaient entre leurs mains, eux aussi seraient assassinés •· Puis, reprenant son chant du scalp : « L"élal de Paris, c'est le vol, le pillage, l'assassinat é1·igés en doctrine sociale, el nous verrions tout cela sans le combattre!. .. Pas de faiblesse, pas de conciliation? Hâlons-nous de faire justice des misérables qui occupenl la capitale •· Ce hallali furieux avait mis l'Assemblée en délire. L'amiral Saisset qui avait en poche, en ce moment, sa commission de commandant en chef de la garde nationale s'écriait• Eh bien I appelons la province el marchons sur Paris ,,. El Loule la droite debout:« Oui, oui, marchons sur Paris •· Thiers, lui-meme, cul crainte de celle rage, trop l0l déchainée à son sens. li intervint pour calmer les passions, obtint, avec Picard, le vote de l'urgence sur la loi municipale. Mais après celle explosion farouche, qui révéla il les sentiments intimes cl profonds de tous ces ruraux ligués contre Paris ouvrier cl répuhlicain, que pouvait bien signifier celte démonstration anodine el platonique? La guerre civile élail déclarée par Versailles; rien désormais ne pouvait en conjurer la fatalité. Le Comité central, lui, honnêlemenl, loyalement, toujours modérément, s"e!lorçail d'apprendre la situation vraie à Paris, à la France, à tous. De ses ennemis, - rapprochez ce langage des vociférations sanguinaires de Jules Fane - il disait simplement : « Les auteurs de tous nos maux ont quillé

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==