J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

HISTOIRE SOCIALISTE 289 nous • assez estimés pour ~couler nos avis qui onl sou,·enl froissé son impatience: « \'oici le mandat que lu nous a confié•: là où noire inlén'l personnel « commencerait, notre devoir fioil: fais la volonlé. ~Ion mallre, lu t·es fai( « libre. Obscurs, il y a quelques jours, nous allons rentrer obscurs dans les « rangs et montrer aux gouvernants que l'on peul descendre, la lèlc haute, les « marches de ton Hôtel de \ïlle, avec la certitude de lrouver au bas l'étreinte « de ta loyale cl robuste main ». Par une autre proclamalion, conclusion logique de la précédenle, le Comilé com·oquail les élecl,•urs aux urnes pour le mercredi 22 mars. La province non plus n'élail pas oubliée! L"nc lo11gue note rédigée à son intention par les délégués au ./0111·110/ officiel la mettait tri·s exactement au courant. On y comptait que les déparlcmenls éclairés et désabusés rendraient justice au peuple de la capitale cl comprendraient que J'union de toute la nalion esl indispensable au salut commun. Ces documents manifestent l'esp,·il de conciliai ion, de modération extrème, excessif, qui animait le.Comilé central. Il apparat!, à leur leclurc. qu'il ne veul rien casser, rien perturber dans l'ordre polilique, moins encore dans l'ordre social; son objectif unique esl de défendre cl faire prévaloir les droits de Paris, ses franchises municipales. On relùverail à grand peine dans les colonnes de l'O((iciel de ce jour et aussi des jours suivants une phrase, une expression qui put inquiéler les oreilles bourgeoises, décelât une arrière-pensée d'expropriation, de reprise sur les classes possédantes. Lai•ser la parole à la population, lui remettre le plus lot possible un pouvoir qu'il ne considère entre ses mains que comme un dépôt éminemmenl pro,•isoire, telle est bien l'idée dominante du Comité central à ce moment. Qu'on l'en blàme ou 'lu'on l'en loue, c·esl le fail. Durant ce temps, Versailles déjà aiguisait le poignard. ()u"on se transporte aux débats de ce jour, à l'Assemblée nationale el que l'on juge. Avant d'entrer, à la descente du train, on est dévisagé, Loise, fouillé par des mains policières : dès ce moment, le passe-porl est de rigueur. Aux alentours du palais des rois, dans les couloirs, dans la sallP des séances, une terreur intense règne; les plus braves ne parlent de rien moins que de déguerpir jusqu'à Bourges. A la tribune monte un M. de Lasteyrie, qui propose el fail nommer à la vapeur une Commission de quinze membres « qui réunisse Ioules les pensées de l'Assemblée et qui s'enténde a,•ec le pouvoir exécutif afin d'agir comme il convient dans les circonstances actuelles ,,. Dans celte Commission, deux généraux, deux amiraux, deux ducs, loul un lot de réactionnaires obtus el (éroces; pas un républicain. En écho, pour rassurer un peu celle Chambre qui, lilléralement s'effondre. Picard, ministre de l'Intérieur, demande et obtient, presque sans prole~tation, la mise en ét•l de siège du département de Seine-et-Oise. Voilà, maintenant, Trochu au perchoir, le doucereux tartu0e de la Défense: Froidement, il vomit l'injure sur ceux qu'il a trahis, ces « misérables n, ces « scélérats•• ces• meneurs de guerre civile qui, dix fois pendant le siège, avaient

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