268 IIISTOIH.E SOCIALISTE à sa classe de conclure un bail nouveau avec le pouvoir, la souveraineté politique el économique. De là, les provocations délibérées, voulues, le plan ferme d"acculer Paris à l'insurrection, à la lutlc pour le saigner, saigner son prolétariat, le mettre pour 10 ans, pour 20 ans, pour toujours, sïl se pouvait, hors de combat. La pensée maîtresse de Thiers, prenant en mam la direction des affaires, fut - il suffit à rel égard de consulter son témoignage lors do sa déposition devant la Commission d'enqu~te sur l'insurrection du 18~Jars-« faire la paix el soumettre Paris ». Soumettre Paris: qu·entendail-il par là·> Est-ce que, par hasard, Paris élail en révolte quand le gnômc malfaisant de la machinerie où il avait opéré pendant Loule la durée du gouvernement de la « Défense nationale » passa enfin à la barre, grimpa sur la scène, au premier plan. Paris alors était calme, recueilli; il allendail. li avait subi l'aflront suprême, l'alTronl immérité de l'occupation prussienne; il l'avait subi sans re'courir aux armes, se dévouant une fois encore pour celle France qui le méconnaissait, le désavouait el l'abandonnait, payant de son honneur, après avoir p~yé de son sang, de ses privations, de ses souffrances. Une indignation le travaillait sans doute, une anxiété le poignait; mais il n'en était pas encore aux résolutions viriles, aux démarches irrévocables. Une allilude générale conciliante et humaine, une politique du nouveau chef de l'Elal, nellemenl orientée dans le sens républicain, el la guerre civile élail conjurée. Le calme renaissait, les passions s'apaisaient, les b'cssurcs se cicalrisaienl el les événements prenaient ~n autre cours dans la paîx1 le travail revenus. Qu'il en eùl mieux valu ainsi, ou moins bien: là n'est pas la question. Nous constatons, nous ne discutons pas. ~lais Thiers el l'Ass,emblée nationale écartèrent délibérément loule solution conciliatrice. Le sort en était jeté. lis pensaient tenir leur proie el n'entendaient pas la lâcher. Ils voulaient se baigner dans le sang de leurs compatriotes, en boire à coupe pleine, mener au mur ce prolétariat qui, un inslaol, les avait fail trembler et qui, par les voies révolutionnaires ou légàles, oc cesserait plus désormais de menacer leurs rapines et d'inquiéter leur dominalion. La paix avec l'Allemagne dans le sac, Thiers aborda donc d'arrache-pied la deuxième partie de son programme : la soumission de Paris. Toul d"abord, il semble que le chef de !'Exécutif ail espéré besogner de loin. li aimait mieux ça, risquant moins ainsi pour sa propre peau. li avait nommé d'Aurellc de Paladines, général de sacristie comme Trochu, au commandement en chef de la garde nationale, lui donnant, comme mol d'ordre, de s'entendre avec Vinoy, gouverneur, el Valentin, ancien colonel de gendarmerie impériale, promu préfet de police, pour, de concert, désarmer Paris, lui enlever ses canons d'abord, ses fusils ensuite, s'il se pouvait:
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