J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

2t-l H!STOTRE SOCIALISTE mations <'Onlrc !a guerre el les armées permanentes, une forte organisalioa de défense nationale. Quand un pouvoir s'est conslilué par le coup d'Etat, quan<l il se maintient par un déploiement continu d'autorité, quand il prétend saurer la nation de l'anarcliic des volontés cl de la décomposition parlementaire, il n·est pas fondé à rejeter la responsabilité des événements sur la faible opposition (lui, à travers les violences el les fraudes de la candidature officielle, a pu parvenir jusqu·à un Corps législatif domestiqué el impuissant. D"ailleurs, le parti républicain ne désarmait pas la nation. Il demandait la liberté politique, le contr<lle efficace du pays sur les affaires extérieures c~mme sur les aflaircs intérieures. Il disait que, jusque-là, donner des soldats à l'Empire, c'était les donner à la tyrannie cl l'esprit d'aventure. Assurer la paix par la liberté, el constituer la défense de la nation par une armée vraiment populaire, par un~ vaste organisation de milices nationales qui aurait mis Lous les citoyens en étal de manier le fusil, c'était le programme des républicains. lis ne pouvaient pas en avoir d'autre. Et c'csl d'ensemble qu'il faut le juger. ~lais puisque l'Empire n'adoptait pas celle politique générale de l'opposition républicaine, c'était à lui d'imposer à sa majorité ses plans, ses systèmes d'i;rganisalion. Celui de Niel était bien hésitant encore cl bien composite, il n'aurait pu, m,'rne adopté inl(•gralcment, accroitre que de peu el à long terme la force de l'armée. L'Empire n'osa pas le soutenir à fond. Les députés officiels, tout en renonçant aux liberli·s récllrs et au contrôle effectif qui auraient pu sauver la paix, ne parlaient que de paix. L'Empire, qui les invc•stissait, qui lui donnait leur mandat toul préparé dans les cabinets préfectoraux, ne sul pas leur demander un acte de courage. Lui-m,'me ne disposait plus de Loule la force de terreur cl de tout le prestige violent qui avait suivi le coup d'Etat, el ne pouvait pas chercher franchement une force nouvelle dans la démocratie el la liberté; il n'avait pas assez d'autorité morale pour drmander à la nation un sacrifice. Ayant brutalisé ce qu'il y a de plus haut dans les consciences, il était obligé de ménager cc qu'il y a de plus médiocre dans les instincts. li n'eut que d,es velléités, point de volonté; et il se jeta en pleine lemp~te, lui el la France, sur une barque· que lui-mûmc savait disloquée et tarée. Depuis des années, l'Empire n'était plus un gouvernement: c'était une aventure en liquidation. Mais pas plus qu'.elle n'eut vraiment à son service, en celle crise terrible, une force gouvernementale, la France n'eut une suffisante force révolutionnaire. Au moment où éclata la guP.rre, l'idée républicaine n'était encore ni assez étendue, ni assez passionnée dans le pays pour pouvoir se saisir à temps des événements el imprimer à la nation un irrésistible mouvement <le masse. IJe toutes les tentatives de démocratie et de liberté avortées depuis près d'un siècle, il était resté dans la conscience nationale un fond de doute, de lassitude, de défiance pesante, que Prévost-Paradol lraduisait dans la France .Vouvelle, en des pages d'une mélancolie incomparable, où l'espérance même ne transparall qu'à travers des voiles de deuil.

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