J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

HISTOIRE SOCIALISTE 243 fait leur pointe offensive, el les forces de Mac-Mahon cl de Ba,.aine auraient pu sans doute, en se repliant, sr concentrer. Il n'y cul pas srulcmcnl défaite, il yeull-rroulcmcnt cldébAcle: la premit'rc armée, vaincue, lombaTldans le vide! Le rapiloine Picard, dans les ingénieuses 1.,çons qu'il n professées en Sorbonne sur la guerre de 18i0, accuse surtout l'incapacité du haul commandement fronçais. Les généraux avaient du courage, quelques-uns mêmes de la la culture cl de l'esprit, mais ils n'avaient aucune doctrine commune sur la guerre; ils semblaient ignorer les méthodes les plus essentielles. Xi ils nesA servaient de leur cavalerie pour s'éclairer au loin cl prévenir les surprises : ni ils ne sarnirnt marcher au canon pour soutenir les autres chefs engagés. Soldats d'un régime d'aventure, qui n'a,•ail laissé subsister d'autre loi que l'égo,sme, ils étaient bien capables d'un gesle éclatant, d·un ellorl héroîque el illustre: mais ils ne connaissaient pas le sentiment profond de la solidarité militaire el nationale. ln S)Slème d'idées communes sur la conduite des grandes opérations aurait pu corrige,· un peu celle dispersion des consciences. Mois ce système leur faisait défaut. Tous n'étaient pas ignorants, mais les meilleurs croyaient que lïnspiraticn indi,·id 0,dle surfil il toul à l'heure du danger. En fait, paral)sés par le désordre ,le leur <1rméc,1;nr leur ignorance de la grande guerre, ils n·cnrcnl môme pas ces qualités dïnitialive, d'audace et d'élan qui scmbla,ent jusque-là ll's ca1·aclfrisli11ucs do la race française. Dans les premiers chocs, la vigueur ,l'offensive Nll beaucoup plus grande dans l'armée allemande qu<' dans l'arn1fo fra11çaisr. Frossard, ù Forbach, 1m'me dans la parlie do la journér où il avail la s11pfriorilé numérique cl l'avantage, ne sul pas allaquor. Au contraire. les Allemands n'all<'nJircnl pas d·èlro en nombre pour livrer aux hauteurs de SpicJ..eren le plus téméraire assaul: ils lancèrent même leur cavalerie à l'escalade. i\l. Picard croil que c'esL une idée fausse sur la valeur absolue du terrain qui perdil les généraux fran~ais. On s'imaginait qu'il y avail des positions qui, en soi, étaient bonnes : cl que si on pouvait eneore les couvrir de retranchements, le mieux éln1l de se L,arricader dans une défensive inexpugnable. Ce fut l'erreur commise à Forbach : peul-<'lre la cause première de la fausse manœuvre qui immobilisa l"armée de Bazaine autour de Melz. Ainsi, les forces françaises perdaient leur ressort d'otlensive cl leur qualité de mouvement. Mais, sans aucun doute, ce préjugé technique n·auroil pas prévalu si l'esprit des chefs n'avait pas été paralysé par les causes multiples qui leur insinuaient le doute: la faiblesse numérique de l'armée, le défaut d'organisation el leur propre ignorance. Toul cela, c'étail la conséquence el l'expression de la débilité mCme du régime, qui n'avait su ni prévoir, ni vouloir, ni organ,ser. Il eal puéril de prétendre, comme le fonl volontiers les apologistes de rEmpire, que ce sont les républicains qui onl rendu impossible, par leurs décla-

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