J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

) HISTOIRE SOCIALISTE défaite. Aurail-il eu la môme sagesse si l'avènement de la Hépublique avait prt'rédé le connit a,·ec la Prusse? Sans doule, il n'aurait pu amener le su fi rage universel à la République par une évolution régulière qu·en lui garnntissanl un lendemain de paix : el la lutte légale contre les partis du passé, l'organisation difficile de la démocratie républicaine au.-aient absorbé tout son effort. li aurait dtl compter aussi avec la force de l'idéal pacifique qui s'affirmait de plus en plus dans le parti républicain. Mais il tenait évidemment en juillet 18i0, à garder ouverts, devant la France et la llépubliquc, la porte de la guerre comme la porte de la paix. Dans cet ef1>ril, et pour garder le bénéfice de la fierté el de la susceptibililé nationales, il n·a pas serré de près, en ce tragique débal, la diplomatie de l"Empire. Co.mme il lui reprochail surtout ses défaillances, il ne vuulail pas lui reprocher ses imprudences; d'accord avec M. Thiers pour dénoncer la faiblesse de l'Empire dans le passé, il n"était plus d'accord avec ~I. Thiers pour lui reprocher sa témérité dans le présent. Non seulement il ne souligne pas le crime capital de M. de Cramont, la nouvelle exigence soudainement produite le 12, quand le fond même de l'incident étail réglé, mais il l'approuve formellement d'avoir produit celle exigence. Il accorde que la réponse faite par la Prusse ne suffisait pas el que sur celle réponse « il convenait d'insislcr pour ohtenir satisfaction ». C'est la justication complète de M. de Cramonl en cc quïl a fait de plus téméraire et de plus funeste. Et par la position même qu'il prend sur la dép,'che de M. de Uismarck, il fail le jeu du parti de la guerre. Il ne pouvait pas dire : C'est une réplique déplaisante à un procédé déplaisant, puisqu'il approuvait la demande de garanties formulée par M. de Cramont au nom de la France. li ne pouvoit pas dire: C'est un pii·ge tendu par M. de Bismarck; gardez-vous d'y tomber; car lui-même irritait àc toile sorte la susceptibilité française qu'il n'admrllail pas qu'un piège ftlt tendu à la France sans que l'honneur do celle-ci f11lengagé. li se bornait donc à demander quo l'affront fait à la France ftll démontré avec évidence. El il posait au ministre cette question:« list-il vrai que la communication nit été faite por M. de Bismarck à tous les cabinels étrangers, ou seulement à ceux de l'Allemagne du Sud ·t " La réponse était trop faeile à M. de Gramont. Il savait dt'jà que la communication avait été faite à Londres. En fait clic l'avait été à toutes les capitoles. La Commission put affirmer avec s,lreté c1u'elle avait vu des dépêches en cc sens. IJès lors, que subsistait-il des réserves de Gambetta ·t Au demeurant, aucune digue ne pouvait arr<'ler le sombre not de folie qui montait; aucune manCl'uvre ne pouvait le dévier. La guerre commençait : des deux côtés du Hhin les passions soulevées prenaient les armes. Le vaste con0it préparé dès longtemps el rendu presque inévitable par les fautes de la France, machiné depuis quelc1ues mois el voulu par M. de Bismarck, se déchainait enfin, attestant par la plus déplorable conséquence la double el longue défaite que, depuis IH 18, en France cl en Allemagne, subissait la démocratie.

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