J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

HISTOIRE SOCIALISTE 2:11 Corps législatif et au Sénat, que ~l. de llismarcl- a l'ail connaitre officiellement aux cabinets d'Europe que Sa Majesté le roi de l'rnssc a,ail refusé de recc,oir de nouveau l'ambassadeur de France cl lui a\'ail fait d11·epar u11aide de camp qu'il n'a,ait aucune communication ullé1·icurc à lui adresser ... « IJe plus, des pii•ccs chiflrées onl été mises sous nos yeux, cl, comme toul vos bureaux l'onl bien compris, le secret de ~es communications télégraphiques doit Nrc consc1·\'é par votre Commis~ion, qui, en vous rendant compte de ses impressions, a consticncc de son dc\'Oir vis-à-,is de vousm1-.mcs, co111mevis•à-,·is <lupays. « Le sentiment profond produit par l'examen de ers documents est que la France ne pouvait tolérer l'offense faite à la nation, que notre diplomatie a rempli son devoir en circonscrivanl ses ll'gil imcs prétentions sur un terrain oil la Prusse ne pouvait se dérober comme elle en a\'ail l'intention cl l'espérance. » Mais ici, quelle obscurité, quel désordre d'idées! On dirait qu ·,1 y a deux sortes de documents: les uns, qui établissent la communication faite par M. de Bismarck aux puissances; el les autres, chiffrés, dl-montrant que la France aurait reçu une intolérable offense. 01·, cc sonl les mèmcs ! El puis, s'il n'y avait pas eu oflense dans le rcofusdu f\oi, en quoi la communication de cc refus, quelque perfide qu'en f'ùt la f'o,·mr, pouvait-clic constituer une offense'! Et suffisait-il que ~l. de Bismarck lendit un piège, pour que la France y tomb:\l ·/ Etait-il de l'honneur du pays de démontrer <1ueses diplomates étaient en effet aussi sots que ~l. de Bismarck le pcn~ail '! cl la nation française ne pouvait-elle s'abstenir sans honte de montrer qu'elle était amsi excitable cl étourdie que le chancelier prussien le supposait dans ses calculs·> C'est Gambetta qui prit la parole en cette séance de nuit. Il ne 1·cnouvcla pas l'effort direct cl lumirH'ux de Thiers. Il donna à la question un tour nouveau, el peul-èlre était-ce la seule chance de forcer un moment l'attention et d'obtenir, qui sait'? quelques heures de répit el de réflexion. Au reste, la majorité, donl il savait l1alte1·le chauvinisme el les sentiments belliqueux, le supporta mieux qu'elle n'avait supporté Jules Favre, cl mème ;\I. Thiers, très cbauvin aussi, très anliallemand, mais qui heurtait de front l'cnlrainemcnl de l'heure présente. La thèse de Gambe{ta, très audacieuse, mais, pour un avenir prochain, très dangereuse, était celle-ci: La politique de complaisance pratiquée depuis plusieurs années à l'égard de la Prusse a été funeste: c'est pa,·ce ,,ue la France en a le sentiment que tous les incidents entre la France cl la Prusse prennent une acuité exlrème. Si la guerre se produit, l'incident tlohcnzullcrn n'en sera que l'occasion : elle sera en fait l'explosion d'une grande passion nationale di·s longtemps refoulée el meurtrie, mais qui s'échappe enfin; clic scrn la grande lutte pour la primauté entre deux peuples, entre deux races. Mais celle grande 1ulle on ne peul l'entreprendre sana avoir mis de son coté loulrs les chances;

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