J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

HISTOIRE SOCIALISTE conlenlcr d'une satisfaction modeste~ Ainsi la gauche n'opposa ce jour-là qu'une résistance molle à Ioules les forces combinées qui emportaient la France à la guerre, témérité orgueilleuse des ministres, chauvinisme crédule el tapageur de la foule, frénétiques excitations des bandes césariennes cl de la presse de coup d'Etat, perfides combinaisons du parti catholique qui rêvait d'abaisser la Prusse protestante, alliée de l'Italie révolutionnaire. Cc courant trouble cl tous les jours grossi mena il la patrie aux catastrophes; la gauche ne pressentit pas loul le désastre. Elle ne fui pas avertie par les souflles glacés qui montaient déjà du gouffre prochain. Cependant le destin était encore suspendu. A son refus de garantie pour l'avenir, le roi de Prusse n'avait mêlé aucun propos, aucun procédé discourtois pour l'ambassadeur ou pour la France cl M. Benedetti n'avait signifié aucun ultimatum. Les choses étaient grosses de la guerre, mais le fruit dèlcslable hésitait aux entrailles de la nécessité: l'accoucheur viol faire son œuvre. C'est M. de Bismarck. Beaucoup de Français sont restés éblouis par la destinée prodigieuse de cel homme, el son œuvre, en les blessant, les a aveuglés. lis sont tentés de voir en lui, superstitieusement, je ne sais quelle volonté à la fois infaillible el implacable, donl les géniales roueries onl la certitude du destin. Cel homme de fer el d'acier a eu ses épreuves, ses erreurs, ses doutes; sur ceux mêmes qui l'enlouraicnl, cl dont il servait la passion ambitieuse, sur le souverain dont il préparait la grandeur, il élail loin d'avoir un asceudanl irrésistible. Il ne se soutenait el ne conquérait le droit de continuer son œuvre que par d'incessants cl misérabies combats. li disait volontiers que les jours qui suivirent Sadowa, el que l'opinion commune supposait rayonnants de la joie du triomphe furent pour lui les plus douloureux, car pour arrtllcr à temps la victoire, pour ne pas compromellre par des imprudences le beau el difficile succès, il avait dù soutenir contre l'étal-major, contre l'entourage du Roi, contre le Roi lui-même les plus durs combats, jusqu'à épuisement de sa force nerveuse. ~lais jamais à coup s0r il ne s'était trouvé dans une situation plus difficile el plus fausse qu'à ce moment de juillet 1870. li était comme l'homme qui ayant enterré une bombe qui doit éclater à jour fixe la voit exploser avanl l'heure cl bouleverser loul son dessein. Lui qui passait pour l'homme brulai el heureux, donnant à ses ruses mème quelque chose d'ouvert, de déclaré el d'insolent, il était pris en flagrant délit de combinaison obscure el lrallresse, cl, qui pis est, maladroite. li était l'homme qui a voulu, par une intrigue inavouable, provoquer la guerre, el qui n'a réussi qu'à se faire prendre. Quels niais que les minislres de l\apoléon de n'avoir pas compris cela, el qu'il dépendait d'eux d'infliger à M. de Bismarck, par un règlement pacifique de l'affaire, le plus terrible discrédit! Le lendemain tous ses adversaires d'Allemagne, les libéraux de Prusse médiocrement rallié~. les particularistes du Sud, démocrates ou catholiques, auraient fait chorus

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