J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

21-l HISTOIRE SOCIALISTE bilité nalionale, une diminution pour la France. Quelques mois avant les cruels évfoemenls, cl'Ems, où il étail allé soigner sa gorge Lrès malade, il disait à son père : « li me tarde de rcnlrer à Paris pour dire, du haul do la tribune, son rail au roi de Prusse » (à propos de l'affaire du Saint-Gothard). De plus, il avail une si vaillante confiance en l'avènemenl prochain de la Hépubliquc, qu'il lui semblail déjà qu'elle avait la responsabilité de la France. Souffrir que le prestige de la France Cùldiminué, mème sous l'Empire, même aux dépens de l'Empire, c'était loléi'er un amoindrissement de la France républicaine. Mème s'il n'y avait pas eu, à ses yeux, une sol'le d'impiété à allendre d'une crise nationale le triomphe du régime préféré, c'élail inutile, Gambetta croyait que, normalement, par la seule volonté du suffrage universel, l'Empire s'effondrerait à bref délai. li se souvenait des défaites répétées de la Hépubliq~e, mais seulement pour tirer de ces épreuves du passé des leçons de conduite el de tactique: le poids des déceptions el des désastres ne pesait pas sur lui comme sur la plupart de ses compagnons de lullc qui avaient Caitla traversée orageuse de 1848 el qui avaient sombré. Les naufrages anciens élaienl pour lui un avertissement; ils n'élaienl pas une meurtrissure, el son esprit étai'. comme soulevé par un invincible ressort de jeunesse républicaine. Ce n'esl pas seulement par une assurance simulée el par un jeu de combat qu'il avait, dans son discours sur le plébiscite, déduit la République du suffrage universel; c'est en loule certitude qu'il avait dit à M. Emile Ollivier : • Vous tlles le pont enlre la République d'hier el la Hépublique de demain. Ce pool, nous le passerons. » El il n'entendait pas subir à l'autre bout la loi d'une sentinelle prussienne. li avait d'ailleurs des illusions chauvines sur la force de la France. Quelques jours après la déclara lion de guerre, voyageant avec son ami Laverlujon (son ami d'alors), il n'admellail pas une minute la possibilité d'une défaite de l'armée française; el mème, ô dérision de la destinée, ô surprises de • la justice immanente », il préparait pour un éditeur une brochure où il exposerait selon quelles ri•gles de droil devaient être administrées les populations de la rive gauche du Rhin qui allaient i\lre infailliblemenl enlevées à l'Allemagne. La victoire de la France impériale ne lui faisait pas peur pour la Hé.publique. Ce serait la victoire de la France, ce ne serait pas la victoire de l'Empire! un passager réveil de prestige ne sauverait pas celui-ci, condamné par la contradiction interne de son principe. Il aurait simplement reconslilué, avant de périr, la France de Danton, cl le Danton nouveau, parlant au monde au nom de la République nouvelle, aurait dans sa parole la force accrue d'une France agrandie, sage mais fière, libre de Loule servitude au dedans, de loule crainte au dehors. De là à prendre, comme le lui suggérait la Liberté, la responsabilité d'une aventure, il y a un abime; mais aussi comment le jeune tribun, dans l'étal d'esprit où il élail, aurait-il pu, dès le 15, sommer le gouvernement de se

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