J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

HISTOIRE SOCIALISTE 193 les dynasties qui croulent, c'est pour faire respecte,· sa f\épnblique à lui. » Qu'i11~porleque la paix soit une humiliation·> le gouvernement de l'Empire n'a pas droit à l'honneur el il a d'ailleurs l'hobilude de capiluler. " Malgré cela, écrit F, Faure dans le Réveil, nons pensons que, comme son inlérèl personnel pourrait en souffrir, le chef de l'Elal n'engagera pas facilement une guerre contre l'Europe entière, unie conlre nous dans un même senlimenl, grâce ~ux habiletés de la politique bonaparlislc, el qu'il n'hésitera pas, comme après Sadowa. comme après l'allaire du Luxembourg, à d(•savouer les trop belliqueuses déclarations de son ministre. Peu imporle au minisl/J,·c une humiliation de plus ou de moins! El noire diplomatie, parloul dupée depuis dix ans, n'aura que peu à perdre à ce nouvel échec. " ~fais Delescluze lui-même, Loul en conseillanl, loul en exigea ni la paix clans l'inlérèl de la liberté, défiait la Prusse el les llohenzollern, au nom de la France de l'avenir: • Nous savons aussi bien que personne que, fidèle aux traditions envahissantes de sa race, enivrée de ses faciles 1•icloires de 18(if>,la maison de Hohenzollern aspire à fonder sa grandeur sur l'anfanlissemenl de la liberté européenne, el qu'elle ne poursuil pas d'autre bnl en soumellanl d'abord l'Allemagne entière .à son hégémonie. Ans,i, vienne le jour oil, ne relevant que d'elle-même, la France aurait à se défendre de ses allaqu,•s, el l'on verra si la démocratie n'est pas la première au combat. Jusque-là son unique, son impérieux devoir est de conjurer des conni1s pr.-.p'1rés par les rois el donl l'issue, quelle qu'elle soit, ne peul êlre que défavorable à la liberté, puisque la victoire, où qu'elle se porlâl, ne servirait que le militarisme monarchique. )) Mais ces premiers bouilloonemenls ré,•olulionnaires n'auraient-ils pas dù avertir encore M. Emile Ollivier de l'urgence d'agir; el q11P faisait-il donc en ces jours critiques? Il n'y avait pas alors de président du C.)nseil en litre; mais c·esl pour sa politique qu'avait élé formé le ministère du '2 janvier: il élail reconnu, en fait, comme le ministre dirigeant. Or, par la guerre el quelle qu'en f0l l'issue, c'est Loule sa politique qui sombrait : avec la ,·icloirc, dans l'absolutisme; avec la défaite, dans la révolution. A défaut d'un clairvoyant amour de la pairie el de la liberté, l'inslincl de conservation ne snrtisail-il donc pas à l'avertir? Ou de quelle paralysie de la volonté el de l'mli•lligence élail-il frappé" li ne pouvait pas ne pas voir que ceux qui l'avaient lué par le plébiscite cherchaient à l'engloutir dans la guerre, comme un morl embarqué ,léjà pour le funèbre voyage el qu'on s'acharnerait encore à noyer dans le Styx. Or, à celle date, dans ces jours critiques du 8, du 9, du 10juillet el après la première surprise d'imprudence, il pouvait encore réagir. La France presque Ioule entière voulait la paix el elle aurait soutenu énergiquement le ministre qui, d'une parole mesurée el ferme, aurait dénoncé les agités. L'Empereur luimême, dans la mesure où on peul dire qu'il avait une volonlé, préférait le règlement pacifique du connil. Malade, incertain, ayant vaguement conscience

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