Albert Thomas - Le Second empire : 1852-1870

70 IIISTOIRE SOCIALISTE En 1855. il y a,·ail déjà GG.000 membres clans les sociétés approu,ées. ~fais par contre les sociétés libres restaient stationnaires ou diminuaient. Le pou\·oir continuait de se défier <Jcs sociétés formées sans lui ; el il savait user de l'article 201 du Code ch·il ou de la loi de i83 1, sur les ~ssociations, pour détruire les sociétés établies ou em1>èchcr la fonnation de sociétés nou,·cllcs. De 1852 i, 1858, plus de 200 sociétés libres ccssêrcnl d'exister. C'est le mème cspr·it de patronage et de défiance encore que l'on retrouve dans les deux lois les plus importantes de cette période: celle du l" juin 1853 sur les Conseils de prud'hommes; celle du 22 juin 1854 sur les livrets ouvriers. La loi sur les prud'hommes fixa à 11n minimum de six memhl'CS bureau non con;pris la composition du conseil; elle remit l'élection directe dès prud'hommes•patrons aux patrons, celle des prud'hommes-ouvriers aux ouvriers; elle exigea, pour être é1ccleur, vingt-cinc1 ans d"~ige, cinq ans d'exercice de la profession, t.-oi.s ans de domicile dans la ci1·conscription. i\fais, toujours selon le mèmc système, au lieu d'èt,·c élus pat· le conseil,' le président cl le vice-président furent désignés par l'Empcrcur. L'Empereu1· put mèmc les prendre en dehors des éligibles, se réservant ai11si d'appeler ,1 Ja présidence d'ancirns patrons retirés des affaires, decitlés à maintenir, en lou'tc occasion,« l'autorité palro'halc 1,. Enfin le secrétaire était nommé par le préfet, sur la propositio11 du président. La loi sur les lin·cts était réclamée depuis 1s:;2 par les agents du pouvoir, et en particulier par le préfet de police Pietri, qui aurait voulu voir le princeprésident profiter de la période dictatoriale pour édicter les lois « impérieuscment1H~ccssaires qui n'~ntpas pu aboutir sous le régime parlementaire-a,. Proposée dès septembre 1s:;2, elle ne fut votée et promulguée qu'en 1s:;1,. Elle rendait le livret obligatoi,·c pour tous, pour les deux sexes, pour les ouvriers travaillar~l en atelier ou i1 domicile; elle enjoignait aux patrons de tenir rcgist1·c exact des entrées et des sorties, cl <le repo1·Lcr les dates sur le livret. Ainsi le livret faciliterait-il la tàchc de la police. ~lais, pour répondre à ëlcs vœux exprimés par· des ouvriers et surtout pour dissimuler sous une apparence de libéralisme le caractère policier de la loi, d'autres dispositions établissaient que le livret se.-ait délivré. à " tout ouvrier qui en fait la demande», sans condition; qu'aucune annolalion favorable ou défavorable ne pourrait y èlre ajouté; que, les inscriptions faites, « Je livret serait remis à l'ouvrier et 1·cslerait entre ses mains ,,,, lui tenant lieu de passeport à l'occasion. Le rapporteur de la loi, Bertrand, déclarait que legou,·ernemenl donnait par clic ,, une preuve nouvelle de sa sympathie pour la classe ouvrière» el il exprimait l'cspoir4' cher à ce mème gouvernement, que la remise du livret entre les mains de l'ouvrier« fortifierait le sentiment de sympathie de l'ouvrier pour le livret et lui obtiendrait une popul'!rité dont il n'a pas encore joui. ,> Le calcul fut dé\·u : les mesures policières transperçaient IJ•op, sous les

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