HISTOIRE SOCIALISTE 49 Car il faut descendre plus bas encore dans cet enfer : après le cercle de l'cscJa,·agc parlementaire, et celui de la presse. ,oici les agissements de l'administration el de la police contre les personnes, \'Oici les alleinlcs i, la liberté de conscicncc, voici la pcrséculion individuelle. 11suffisait. à celle époque, d'une conversation politique pou,· ètre ar,·êté comme suspect. L'administration n'a\'aÎl à craindre aucune puhlidlC; clic disposait arbitrairement de la liberté de Lous. Lo,·squc !'Empereur de,ail passer dans 11ne ville, on incarcérait à l'a,·ancc tous les hommes suspects de républicanisme. Les habitudes, prises par les agents du pOu\'oir au lendemain du coup d'Etat, ne pouvaient point sr pcrd1·e tout de suite. Ju~quc dan, leurs salons, les républicains étaic11l ~ur,·cillés, cl leurs confidences n'·ciproqucs leur attiraient padois des désagtCmcnls. Les espions l;taicnl partout. Arsène lloussayc fit afficher, dans le foyer de la Comédic-Fran~·ai~c.-, un a\'is par lequel il in\'ilait fonncllemenl le:-.personnes admises au foyer;, se pri, c1· déso1·mais de toute con,·crsation qui aurait trait aux affaires du ~Ou\'e1·nc• meut. El l'anecdote est célèbre de l'acteur comique Crassot, qui fut antlê pour avoir dit dans un cafc>oi1 on le faisait attendre: " c·cst donc iri comme î1 SébaslopoJ. on ne peut rien prendre». Dans leur ,·ie privée, dans leurs fonctions ou lelil'S métiers, le gou\'crnemcnt sa,·ail atteindre tous ses e11nemis ...dangereux "· Officicl's ministériels, les hommes« des partis hostiles» aY.iicnt it craindre les censures cl les destitutions. ~égociants, ils se trou\'aicnl boyt·ollés; artisans, ils ne trouvaient plus d'ouvrage; médecins, ils étaient délaissés de leur clientèle; tant était puissant le mol d'ordrc- ,·cnu de l'autorité. Et il est i11utilc de dil'C que tous les patrons prudents n\\\'aienl jamais de tra\'ail pour les chômeurs républicains ou soupçonnés de l't.:trc. E.nfin, pour préserver les générations nou,·clics, pour faire de tous les jeunes les zélés admirateurs de la puissa11cc impériale, 1'Cni\'ersité, soignc~1scment épurée, devait èlrc soumise à une étroite sur~illancc. C'était ici, contre les tendances libérales du grand corps, si forte1ncnl constitué pa1· la rnonarchic de juillet, que l'alliance du parti de l"ordrc cl du gouvernement de l'ordre, l'alliance des cléricaux el de l'homme de dcccmbre, devait se montrer le plus efficace. Les pt·ofcsseurs devaient pl'èler serment; beaucoup de républicains s'y refusèl'enl noblement; ils étaient ré,·ocables par arrl·tl·, sans rec~n1rs. De 1831 i1 1856, cc fut le temps du fameux ministère Fortoul. Le cours de logique rcmplap dans les lycées le cours de philosophie. L'enseignement religieux, inspecté par l'~vèque diocl·saio ou ses délégués, de, int obligatoire pour tous les internes. En t8:.t1, le ministre se félicita d'..,n,ir rt~tabli, comme au ~loycn-.\gc, le trivium el le quadrfrium. Les habitudes militaires, que le prcmie,· Empire avait int1·oduilcs dans le régime des lycéC's. étaient 11aturellemc11l enti·etcnues, exagérées. Cc fut le temps ol, les nu~rnC's ex.en:ircs dc,·aient se faire il la nH\me hctll'e dans toutes le:,,c; lasses de France. le temps oü les professcu1·s rcre,·aicnt 1'01·drc de raser leur moustache pont·
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