Albert Thomas - Le Second empire : 1852-1870

1,6 JIISTOIRE SOCIALISTE Pour fonder un journal, il fallait d'abord oblen ir l'au lorisation préalable : le gouvernement ne laissait plus fonder aucun journal sans sa permission. Le ministre de l'Intérieur, ,ncsurc inouïe, avait seul le droil de désigner le rédacteur en chef, su,· la présentation des p1:opriétaircs, et de le destituer. Toul changement dans le personnel, gérant. administrateur, rédacteur, nr pouvait s'opérer qu·a,·cc 1"aulorisation du même ministre. Le cautionnement, nous l'avons dit, a,·ail été augmenté, le droit de Limbre également; el celle double augmentation rendait désormais difficile la publication de feuilles politiques à bon marché. · Par le mèmc décret de 1832. les journaux se trouvaient placés sous la jul'idiction administrative. C'était la police correctionnelle qui seule, désormais,,, la place du jury, allait juger ou plutot 1·épri,ncr les délits de presse. Une seule condamnàtion encoul'uc dans l'année pour crime com1i,is par la ,·oie de la presse ou deux condamnations pour délits cl contraventions, cntrai11aicnl de plein droit la suppression du journal. Bien mieux. Je gouvernement antit le droil. par mesure de sùrt:lé générale, de suppl'imer immédiatement un journal; il suffisait, pour cela. d'un décret spéêial du chef de n::tat inséré au Bulletin des loi,. jlais la plus fameuse innovation, c'était le système des avertissements cl des suspensions. Si un article a,·aitdéplu i, l'administration. le journal recevait un avc1·tisserncnt du préfet; après deux avertissements, une simple décision ministérielle suffisait pour suspendre le journal. Enfin, le gouvernement peut intervenir jusque dans la factu,·e du journal. :\on-seulement il interdit de rendre compte des procès de presse et des séances du Corps législatif: non-seulement il défend de publier des fausses nouvelles. c'cst-.à-dirc des nouvelles désagréables :tu gouvernement, mais encore il exige des journaux, de Lous les journaux, l'insertion des ('Onununiqués officiels. \'oici maintenant comment ses agents usent des armes qu'il leur fournit. De 1832 à 18J3, :\l. de Maupas et les préCets infligèrent quatre-vingt-onze a,·ertissemcnts. Les causes:>• Cne critique acerbe du 0 décret du 20 mars 18;;2 sur les sucres »; - un doute exprimé sur la véracité d'une not~ du J/on.iteur; - H une appréciation dépassant les bornes d'une critique convenable et modérée:.. - uu article qui • dépa~sc les bornes du bon goût» etc ... Un ministre protestant écrit-il dans un journal 1·cligicux protestant: • Cinq personnes ,·iennent d'abjurer à Edimbourg les erreurs du catholicisme l'Omain », le préfet du Finistère lui donne un a\'ertisscment. Le Phare de ltt Loire rcç:oit un avertissement poul' la phras<' suivante: << t.:Empcrcur a prononcé un discours qui, d1aprt'.'; (agence /lovas, a pro,·oqué ü plusieurs reprises 1.cs cl'Ïs de: • \ï,·c !'Empereur! • : attendu « que cette formule dubitative est incom·enontc en présence de l'cnthousiasnw si éclatant que les paroles de l'~mpercur ont cxéité •· Et l'on pourrait citer des masses d'attendu~ semblables. C'est là cc que le gouvernement et ses amis nprehicnt « contenir la I I

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