Albert Thomas - Le Second empire : 1852-1870

1,20 JIISTùlRE SOCIALISTE rn~e en hommes l'C'S prol(>tail'C'S, grande armée du surfl'agc universel, baptisés enfants de Dieu cl de lï·:glisc, cl qui manquent à la fois de science, de lra\'ail el de pain. Td est son mandat, telle esl sa force. Faire des ciLoycns a\'CC les sc,-fs de la glèl-c cldc la machine; changer en ,ag-cs des <·royants ahuris: produire tout un peuple, a,·ec la plus belle des rnrcs: puis, a,·e(· celle génération transformée, ré\'olutionner l'E1,1ropc el le monde : ou je suis moi-mèmc aussi aliéné de la cidlisation c1ue le dieu chr~ticn, ou il y a de quoi satisfaire il l'ambiLion de dix 13onaparle » pag-cs li ;,-116 . Proudhon ne \'CUI plus se préoccuper de la moralité de l'homme de dél'cmhre. Il csl de fait (Ju'il a violé son serment; il est de fait que c'est un rég-imr de dc!-ipotismc, d'arhitrairc, de corruption des consciences qu'il établit. El Proudhon admet que d'autres prolcslcnl: il ne les bh\me certes pas. ~lais lui, il ,·cul examiner le 11ou~cau rfgimc en historien; il veut dis- <·crner sa dcstim'c, donner son horoscope; cl il sait <1ue ce régime ne pourra St' maintenir qu'en inaug-urant la Bé,·olution. • Supposons, dit-il encore, clans un passage prophétique, supposons à l'étal,lisscmcnl actuel une certaine durée. De deux choses l'une: ou bien il se rnpproc-1,era de la démoc,·atic, cl rent,·cra dans le mouvemcnl rérnlulionnaire, dont le premier acte sera d'effacer des institutions du pays le calholidsn1e; ou bien il persistera dans son système cl'initiati,·c, cl dans cc cas, n'r.yanl que l'l~glisc, a,·ec l'armée, i, opposer à l'action hostile des partis, il sera conduit de ,·onccssion en concession ù sacrifier à son alliée loul cc qui ,·este des libertés mainlcn11cs par la constitution . .\lors retentira de nouYea11contre l'l~glise le cri de \'ollaire: « 1::crascz l'infàme! ... • page 128). 1::glisc ou démoc1·atic, catholicisme ou socialisme, c'est en lre ces deux pùf,,s qu'osdllera constamment la politique du Second Empire. La« nécessité ». « la force des choses», comme dit Proudhon, disons mieux, les premières tentatives démocratiques ,Je 181,8, les traclitio11s républicaines, cl surtout h• dé,·eloppcmcnl de la classe ouvriè,·e, contraignent le pou\'oir de gouverner de plus !)Il plus pour le peuple. ~lais Louis-Napoléon a fait alliance a,·cc les partis de réaction, a,·ec les classes que la poussée populaire menace dans leurs privilèges: il a établi son pouvoir sur la force, et c'est contre les partis populaires qu'il a exercé celle force. Tout ce qu'il fera en faveur du peu pie, toutes les libertés <1u'il accordera, toutes les a.méliorations matérielles qu'il s'efforcera d'introdui1·e se retourneront contre lui. Proudhon, · oubliant les procédés du~ Décembre, peul imaginer l'œuvre du César socialiste, telle que ses destinées historiques la déterminent. Il peul méme, surmontant ~on dégoù(, l:icher d'exercer indirectement une inOuence sur l'l::1ysée. Il sent bien, aux évènements de chaque jour, que c'est !'Univen qui l'emporte dans les conseils du prince, que « c'est l'orléanisme et le jésui-

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