Albert Thomas - Le Second empire : 1852-1870

IIISTOIR~ SOCIALISTE Emile Ollivier, d'abord hostile, céda; les orléanistes Ouffet et Darn ne purent consentir à cc retour de césarisme. Ils démissionncrent. Le 23 nvril, le peuple français fut convoqué dans ses comices pour dire s'il • approuvait les réformes libérales opérées dans la constitution depuis 1860 par !'Empereur, avec le concours des grands corps de l'l~tat, et s'il ratifiait le sénatus-consulte du 20 avril 18ï0 •· Le vote devait avoir lieu le 8 mai. Ou 23 avril au 8 mai, ce fut une furieuse campagne. Le Yole arr.rmatif ne signifiait pas seulement l'approbation des réformes libérales; il signifiait l'attachement à l'Empire. JI signifiait encore, comme au lendemain de juin 48, la reconnaissance à !'Empereur comme gardien de l'ordre el de la propriété.• Donnez.moi, disait Napoléon Ill dans la proclamation du 23 avril, une nouvelle preuve de ,votre affection. En apportant au scrutin un vole affirmatif, ,,ous conjurere:. les mennct'S de la //évolution, vous asseoirez sur une base solide l'ordre et la liberté, et vous rendrez plus facile clans l'aYenir, la transmission de la couronne i, mon lits •· La question ainsi posée, la lutte pour les Oni et les Non devenait une lutte entre l'Empire cl la République. ~lais les républicains marchèrent divisés à la bataille : à mesure que leur force grandissait cl que le succès final apparaissait plus certain, ils affirmaient plus haut et sans réserves, leurs aspiration,, leurs tendances particulières. Un comité formé de dé1H1tésde la gauche et de journalistes s'était réuni chez M. Crémieux. Ernest Picard refusa de signer ses proclamations. Journalistes et députés, disait-il, avaient un mandat différent à remplir. En fait, lui, Hénon et quelques autres s'effrayaient des manifestations révolution• naires et socialistes, dont l'Empire rendait responsable le parti républicain Loul entier el qui détournaient de lui bien des éléments bourgeois. La gauolle ouverte s'affirmait pour la première fois ainsi en face de la gauc/1e fermée. Mais, d'autre part, Delescluze tentait quoiqu'en vain de former un nouveau comité, plus avancé. La .lfarseillaise et le Happel avaient déjà refusé de prendre part aux réunions du comité Crémieux. Ils tenaient à arnrmer plus haut el plus nettement encore leur haine de l'Empire. A l'effort républicain et socialiste répondait d'autre part la propagande bonapartiste. Au Comité démocratiqne de la rue de Sourdière s'opposait le Comité central plébiscitaire. Si les membres du Centre gauche ne prenaient qu'une part modérée à la campagne, la droite autoritaire mettait dans cette bataille toutes ses espérances. Si le plébiscite triomphait à nne énorme majorité, c'était, pc,1sait-elle, la fin du libéralisme, le retour certain à la méthode forte. Le gouvernement ne pouvait dès lo.rs demeurer en reste. Quelque belles .qu'eussent été les déclarations de 1\1. Emile Ollivier contre la candidature officielle, il était assez inquiet tout à la fois de la poussée démocratique cl des

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