Albert Thomas - Le Second empire : 1852-1870

HISTOIRE SOCIALISTE 3;9 les rangs républicains. Au Corps. législatif, Esquiros, qui avait vu les grèves anglaises. el Gambetla. tous deux stimulés par uue sommation des soeialistes de ~larse,lle, (Cf. lellre de Bastcliea à \"al'lin du 2 février 1870, Troisii•me procès, p. 411) interpcllèrent le ministre sur l'enrni des troupes. Mais les ouvriers creusotins n'étaient pas encore prêts à soutcnil' longtemps un clrort d'indépendance. La gré,·c avail éclaté le mal'<li; le samedi, les neuf dixièmes des ouvriers demandaient à rentrer. i\l. Schneider les fil attendre. « On r ntrera, quand je voudrai:•, disaient ses affiches. Il le ,·ou lut bien le mardi. Les « meneurs •, les membres du comité, ou tous ceux qui, comme Dumay, sans avoir pris part à la grère, étaient suspects. furent renvoyés de l'usine. Le calme était rétabli. Calme apparent! Quand nn travailleur, même le plus courbé sous le joug, s'est une fois redressé, quand une fois il '< a ren1 Je soleil >i, il s'en sou,·icnt. Les journaux rêpublicains qui ne ménagè1·ent point l'encre pour attaquer lïmpérialiste Schncidrr, avaient été lus addemenl; leurs nombreux correspondanls avaienl éYeillé la curiosité des ou,Ticrs; les manifestes et les appels deJ'lnternationale surtout avaient frappé les Creusotins. Dumay, As-si, dcmeurèt·enl dans le pays, entretinrent des relations avec les diflërcntcs sections. Chaque jour, soixante à quatre.vingt numéros de la Jlarseillaise arri\"aienl au Creusot cl étaient distribués .. \ssi po~1rsuivai~ son travail d'organisation. Follement, ils songèrent ml'mc un molllcnt, lui et ses amis, à monter un établissement coopératif en face du Creusot! La forme de la société de résistance était la seule viable. Cc fut ~elle qui se dé,·eloppa. 1 Sous la cendre laissée par le gigantesque incendie de paille qu'avait été la première grèn\ le feu cou,·ait. La grèYc du Creusot et l'agitation qu'elle avait éveillée convainquirent encore plus les militants de rlnternationale de la nécrssité de l'organisation ouvrière. Jamais peul-l'lre ils n'en furent plus préoccupés qu'en ces mois de fë,-rier el mars, oll ils sentirent de plus en plus , h·cmcnt l'obligation, où ils se trouvaient d'être prêts. A Paris, c"était tout d'abord la constante préoccupation de Yal'lin de donner il l'organisation économique, je ,·eux dire aux sociétés de résistance, le plus de force et de cohésion possibles. Les socialistes avaient [bataillé de tous côtés : il\ avaient peu fi peu pénétré de nombreuses sociétés. L1heure n'était-elle point venue oil la classe ouvrière comprendrait qu"elle devait moins disperser et mieux régler son effort? li y a,·ait, nous l'avons vu, à Paris deux organisations fédérales, beaucoup de sociétés, d'ailleurs, adhérant à la fois aux deux. Il y avait d'une part la c ûsse (édéralioe de prévoyance des cinq centimes, pl_uscommunément appelée caisse du sou, el qui avait rendu de grands ·senices aux corporations en grève depuis 1865. Toutes les corporations adhérentes à la caisse prélevaient sur la cotisation de leurs membres, cinq centimes par semaine afin de cons-

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