Albert Thomas - Le Second empire : 1852-1870

3ï2 HISTOIRE SOCIALISTE « Les fondateurs, écrivait encore Varlin à Aubry, se proposent, non-seulement de faire de la propagande. in ais encore de rallier tout le parti socialiste européen, d'établi1·, pa1· la voie du journal, des relations permanentes ent,·c tous les groupes; de préparer en un mot, la révolution sociale européenne. Pour vous faire connaitre plus cornplètemenl encore l'esprit des fondatcu1·s, je <lois vous dire que, dans nos réunions, nous avons été presque unanimes à reconnaitre que nous n'étions pas prêts pour la r~volution; qu'll nous fallait encorn un an, deux ans peut-être de propagande active par le journal, les réunions publiques et pri,·ées, et l'organisation des sociétés ouvrières, pour arriver :1 être maitres de la situation et être assurés que la révolution ne nous échappera pas au profit des républicains non socialistes. La partie politique du journal n'est que l'accessoire, un journal devant être varié pour être lu; la partie sociale est la seule importante pour nous. li faut nous applique,· à la rendre intéressante et sérieuse, afin qu'elle prenne chaque jour plus d'extension dans le journat. Pour cela nous avons besoin du concou,·s de tous no~ amis, me disait ~li Ilière dans notre entrevue de ce matin ( Troisième procès, page 35) ». Cc qu'il ecrh·ait à Aubry, Yarlin l'écrivait à Guillaume; il l'écrivait i1 llichard. li les priait tous de faire de la propagande pour la .Marseillaise, de la faire substitue,· au Siècle dans les restaurants que fréqi1cntaient les camarades, d'envoyer des correspondances, âfin de poursuivre activement cette« révolution dans les idées» qui devait préparer l'autre. J'aurais rnulu pournir citer ici encore de nombreux extraits de la correspondance que j'ai eue entre les mains, montrer la fièn-e qui agitait cette génération héroïque, dire leur attente des temps prochains et monta·er comment, dans ces lettres intimes, par un effort permanent de conscience, i~s tentaient de se situer dans la révolution prochaine, de définir leur rôle exact, à ehacun, dans la besogne commune. « Un grand sou me passait sur le prolétariat, disait plus tard Richard. L'illusion qui faisait croire à de g,·andes choses clans un a,·enir prochain avait des appa1·cnces de plus en plus solides et fortifiantes». Animés, soulc,·és par celle espérance, le petit groupe de militants, de frères qui menaient en commun cette bataille, se préoccupaient constamment du lendemain de la rérnlution, clc son organisation. Leurs Jeures, cellès de ~lalon à Richard surtout, nous ont gardé quelques échos de leurs débats. :\'ous n'y insisterons pas. ;\Jais il faut bien ma,·quedeur souci commun de trouver des modes d'organisation immédiats et leur volonté de faire taire leurs divergences. C'était le souci de Uastelica lorsqu'il écrivait à Richard de la nécessité d'établir un plan de Révolution française. C'était le souci de Yarlin, qui constatait que la « suppression de toutes les institutions gt'nantes serait facile», mais que« l'édification serait plus difficile, car les travailleurs n'ont

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