Albert Thomas - Le Second empire : 1852-1870

31,1; IIISTOIHE SOCIALISTE nommés. \'oili1 qui pourrait changer la face de l'Europe. Ob! pourvu que nos amis soient prudents ». (L'Internationale, 1, 158/. Bancel ni Gambetta n'daient so<'ialistcs; mais par la brèche qu'ils ounaient, les socialistes espéraicnl bien passer. Les socialistes •prudents•, les socialistes conscients, du moins ceux <1ui cherchaient avec attention comment, clans la révolution même, leur idéal allait se réalisant! Car il en était d'autres, plus impatients ·.et plus violents, moins soucieux du tra\'ail quotidien d'organisation et d'éducation, qu·c les élcc-tions n'avaient point satisfaits. L'échec à Paris, au scrutin de ballottage, de d'.\lton-Shée, de Raspail cl de Rochefort, arnil irrité de nombreux prolétaires. Le soir du vole et les jours suivants, du 6 au :12, une vive agitation régna : des manifestations curent lieu; des kiosques furent renversés, ;des ré,·ci·bères brisés; des collisions se 'produisire11t ·entre les ouvriers et la police. Ce fut par des poursuites contre le Rappel et le !léPeil et par l'expul• sion cle Cluscl'Ct que le gouvernement répondit. On nota, pendant ces jours d'émeute, l'apparition des blouses blanches, des sinistres agents provocateurs, stipendiés par un gouvernement aux abois, et qu'on devait voir désormais rcparaitr~ à toutes les heures troubles jusqu'i, la fin du régime. Cet essai d'émeute n'en fut pas moins une manifostation de la colère socialiste. Des ,membres de l'Internationale s'y trouvèrent airêtés en grand nombre. Il semble mème que le gouvernement s'était proposé de les atteindre spécialement. Jusqu'à l'anrnistie du 15 aoùt - on le voit par la correspondance de \"arlin et cl'Aubry - leurs familles furent secourues par les camarades des différentes villes. ~lais les Internationaux les plus avisés le sentaient bien: ce n'était poinl par la_lutte électorale qu'ils pouvaient attirer cl ol'Ïenter définitivement vers le sodalisme les masses ouvrières. C'était en prenant part à la lutte élémentaire des classes, à la lutte directe du patronat et du salariat, telle qu'elle se manifestait par les grèves, c'était en organisant corporativement la classe ouvri•ire en vue de ces luttes, que les socialistes pouvaient gagner à leur,; conceptions la masse des Sdlariés. Dans les années Antérieures, n'était-ce point aux grèves, aux souscriptions qu'elle avait organisées à leur occasion el aux secours qu'elle distribuait, que l'Internationale avait dù sa première popularité? Et la campagne électorale même n'était-elle point de nature à faire douter de l'efûcacité des réunions publiques et de la qualité dei; socialistes qu'on y formait? Les organisations corporatives devaient fournir il la propagande collectiviste des éléments plus solides. Par un revirement qui s'est souvent produit clans notre histoire ouvrière, après s'ètre plus ou moins enthousiasmés à la lutte politique, les salariés re,·enaient à leurs préoccupations quotidienn~s el aux lutte• néceHaires contre le patronat. Une forte poussée de grèves marqua précisément l'année 1869, et en particulier les derniera moi,. Elle• procédaient une foi, encore des conditions économique• gén~rales, de la proapérité induatrielle qui •

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==