Albert Thomas - Le Second empire : 1852-1870

HISTOIRE SOCIALISTE des astres éteints : la France va chercher ses vieilles fitiles el ses fifres cl ses timbales pour donner un charivari à l'Empire. Poser la question sociale à ce moment et dans ce milieu ne me parait ni possible, ni opportun. Sachons allendre. Tel est le point de vue objectif de la situation,' comme diraient les Allemands. !llais le point de vue objectif s'offre sous un tout autre aspect. Les masses veulent voter contre l'Empire, il y a un réveil général de l'opinion publique; nul ne peut en douter. Les plus indifférents même commencent de s'intéresser; la France est lasse de son inaction. Or, si nous, qui n'avons jamais cessé d'agir, sommes assez éclairés et assez sùrs de nous-mêmes, dans la lut.te, pour n'avoir plus besoin de nous aguerrir pa•· des escarmouches, ni de nous exciter par des alertes et du bruit, il n'en est pas de mème des indiflércnts d'hier, de ceux que nous avons réveillés, en nous faisant siffler par eux•mêmcs ceux qui ne sont soulevés que par les grands courants, ceux qui n'ont ni la pensée personnelle, ni la conviction solidement faite par l'étude ou la nécessité, ceux dont la passion n"est pas individuelle, ceux dont l'énergie n'a pas d'initiative. N'oublions pas que ceux-là doivent être sans cesse excités, mouvementés, qu'il faut les entrainer, les enfiévrer 1outes les fois que l'occasion se présente. Et si on jour, un peu de passion souITTeparmi ceux-là, si quelque colère épidémique se déclare parmi eux, loin de chercher i1 les apaiser, nous devons leur fournir un fcrmenl qui les excite encore, leur donner un objet quel qu'il soit, quelque peu qu'il nous intéresse nous•mèmes, pourvu qu'il les intéresse eux et qu'il ne soit pas contraire à nos tendances, s'il n'est point à leur hauteur. Car :1es pires choses sont l'indifférence et l'inerlie. D'ailleurs leur volonté est d'agir, de voler. Eh bien! qu'ils votent. ~ous aurions beau faire, nous ne 1 les en détournerions 'pas. Cherchons au moins à tourner cette action au profit de la République en dirigea-nt dans ce sens les aspirations. Empêchons que l'ennemi de demain ne s'empare des postes a,·ancés, sous prétexte qu'il combat notre :ennemi d'aujourd'hui. Et que ~lessieurs les Orléanistes el Messieurs les Républicains de l'écnle des Favre et des Simon ne croquent point les marrons par nous tirés du feu. Deuxième raison : nos amis eux ...mêmes paraissent plus disposés à voter que nous ne le pensions,.,puisque le Progrès de Lyo1t annonce que la candidature de Haspail a de nombreuses adhésions; conseiller de s'abstenir serait donc s'exposer ,1 parler dans le désert. Tu ,•ois, mon cher ami, qu'il s'est agi quant à moi surtout d'hésitation personnelle, mais je conçois très bien que les gens volent el qu'on ne les en détourne pas, puisqu'ils ne sont pas capables de s'ab~tenir. D'ailleurs, s'il en était autrement, l'heure de la Hé,•olution serait bien près de sonner.• C'est ainsi qu'en dépit de leurs conceptions spéciales ou leurs préférences intimes, les hommes de l'lnt~rnalionale se ralliaient délibérément aux mé-

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==