Albert Thomas - Le Second empire : 1852-1870

IIISTOIHE SOCIALISTE Bastelica, âme ardente, \'rai poète, prompt ü l'enthousiasme comme au dé<·ourn~rmcnl, 01·ntcur <le haut vol et de (•onnaissanccs étendues, était capable de comprendre le lra,ail nouYeau qu'Auhry et Richard se proposnicnt dC' rornmC'n<'cr. H,•slait Paris. \lalgré tout, on ne pou\'ait rien sans lui. ~lalon el Yarlin sortaient de prison. l'n voyage de :\lalon ,, Genève, à la lin de 18û8, lui permit de se reneontrer a\'eC Hid,ard. Les deux vaillants militants parisiens allaient hiPnlùl exercer sur le petit grnupc ainsi formé une innucnce décisive_ ~lalon a,·ait alors 2(i ans. Cc descendant de • robustes et durs paysans du haut Foret.-, Fra~mcnls de mémoires, Het'uc socialiste, jan\'Ïcr H.>06,,calme, plein de sang-froid, capable de réncxion et d'obscr,·ation, com·aincu qu'il faisait p~rtie de la g,'nération des précurseurs, de ceux qui seraient sacrifiés, poursuhail :wcc f( une prudcnC'c habile', une vertu impcrcablc cl un courage sans éclat•, la t,lehe rude, so1ncnt ingrate, cl parfois si réconfortante de l'oganisation ou,-rit'.·rc. En 1806-ôï, ~lalon avait pris part à tout 1c mouvement coopératif qui culminait les lra\'aillcurs parisiens. La lfe.,e11dfratio11 de Putraux, la grande coopéraliH\. encore si J)l'Ospèrc aujourd'hui, éta~t en grande pa1·tie son œunc. Yarli11, son ami, son compagnon de toutes les heures, esl ccrlaincmcnl la figure la plus alliranle de celle i'poqur. Xé à Claye Seinc-rl-~larne le ;; octobre J83tl, flls d\111 culti\'ateur assez à l'aise, il avait été plaeê i, treize :ms en app1·entissag-c chez un relieur. Pris d'une grande faim de sa,·oir, il a\'ail commencé de lire, d'apprendre tout cc qui lui semblait utile ou beau, même le latin cl le grec. 1.es dures n<'.·rrssill's matérielles a,•aicnl intenompu ces études. • Bien qu'il n'y ait pas clr ma faulr, disait-il plus tard, il m'est pénible de ne rien sarni,· ». JI sa\'ait moins, en effet, que ~la Ion 011Aubry. • Il n'a,·ait ni l'excf'ptionnclle acll\ ité rérébrale du premier, ni la puissance d'ohscrrntion et le sens pratique du sccor.d » (Rid1ard, for. cil. p. 650,. .\lais comme eux, il était simple, doux cl dé,·oué; on Ir savait rèfléchi et persé, -éranl. Et il suffisait qu'il panit dans un groupe pour qu·on l'aimàl. Cc11xqui l'ont (•on11u, comm(' Faillct, ont gardé le souvenir de st.~syeux noirs cl vifs, sous le ,a,tc front <•ncadré d'une chevelure abondante, de son air modeste el affable. Ouvrier habile <'l colt', il avait conduit en 186t, la g1·è,·c des relieurs, et srs ramara<lcs, dans un geste louchant de r,•connaissancc, lui aHdeot orTrrl unr rnontr(' en argent. 1\lais, dC'puis lors, tous les ateliers lui avai ent élé fermés. Il s'était installé dans une petite mansarde, 33, rue Dauphine, et il s'était mis courageusement à la besogne, passant une partie de la nuit à relier, occupant la journée à faire de la propagande, à recruter des mcmhres pour l'Jntcrnationale. JI a"ait fondé la Ménagère, il fonda plus lard la ftlarmiœ, le petit restaurant coopératif qui devait devenir un. foyer de propagande socialiste. Xous l'a,·ons vu·plus haut défendre l'Internationale, accuser la société inique lors du procè~ de la deuxième commission. Sorti de 'prison, il allait se remettre à l'œuvre. ,hanl 1868, il n'était guère qu'ub

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