336 IIISTOIRE SOCIALISTE socialistes, but principal, ne seraient jamais qu'incomplètes el peu solides. Les poursuites de l'administration impériale avaient exercé sur leurs idées et leurs sentiments une toute autre influence que sur ceux de Tolain el de Chemalé. Ils se forn.aient peu à peu du mouvement révolutionnaire une conception nette et comp~éhensible que nous allons ,·oir bientôt se préciser el se développer. Quelques jours après le Congrès de Bruxelles, se réunissait à Berne le Congrès de la Ligue de la Paix. Depuis un an, depuis le Congrès de Genève, à l'intérieur même du comité de la Ligue, la bataille était engagé e entre le libéralisme bourgeois ou le radicalisme de la majorité el les idée s socialistes et ré,•olutionnaires de la minorité, à laquelle appartenait Michel Bakounine. Force nous est, ici encore, de passer brièvement. Il n'est point d e socialiste qui ignore ces faits classiques. Au Congrès (21-25 septembre'., Bakounine déposa un projet de résolution déclarant que la qupstion la plus impérieuse était celle de< l'égalisation économique et sociale des classes el des individus • et • qu'en dehors de celle égalisation, c'est-à-dire en d ehors de la justice, la liberté et la paix n'étaient pas réalisables •· Chaudey el Fribourg combattirent la résolution el la ûrent rejeter. Alors, le 25, la mi norité socialiste se sépara de la Ligue: Elisée Reclus, .\ristide Rey, Ch. Ke ller, Jaclard, AlbertRichard, suivaient Bakounine. La minorité créa aussitôt l 'Alliance in• lernationnle de la démocratie socialiste. Elle • se constituait e n une brani cbe de l'association internationale des travailleurs, dont elle ac ceptait tous les statuts généraux•; mais elle devait s'étendre à tous les pays et avoir dans chacun un Bureau national. Le 22 décembre, le Conseil général de l'lnternationale refusait d 'ad,neltre l'Alliance comme une branche particulière; puis, le 5 mars 1 869, par une nouvelle décision, plus explicit~, il se déclarait prêt à admettre séparément les sections de l'Alliance converties en sections de l'Internation ale. L'Alliance se soumit; le bureau central fut dissout. Les fondateurs écoutèrent les conseils que leur envoyait dans une lettre admirable César P aepe. lis ne formèrent plus qu'une section genevoise. i\lais ils avaient déjà ré digé un programme (J. Guillaume, p. 132), où l'Alliance se déclarait athée, oü elle demandait l'abolition de l'héritage, oü elle • reconnaissait que to us les ~:tats politiques et autoritaires existants ... denaienl disparaitre dans l'union universelle des libres associations, tant agricoles qu'industrielles •· Dans le domaine des théories, tout au moins, la lutte entre bakou ninistes et marxistes allait commencer. Sur l'heure, en celte ûn de 1868, la querelle à peine naissante ne pouvait exercer d'influence sur l'Internationale français. Mais peu à peu, des Internationaux comme Albert Richard, comme Varlin, entraient en re lations avec Bakounine ou avec ses amis, et un peu de la méthode et des ha bitudes bakouninistes devaient pénétrer les sections frvnçaises. Le sociàlist e ru11e leur apprenait comment, dans les société• ouvrière• ou dans les grands mouve-
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==