Albert Thomas - Le Second empire : 1852-1870

321, IIISTOIRE SOCIALISTE le joumal dirigé par Pelletan et auquel collaboraient Lavertujon, GlaisBizoin, Cluseret, ~aquel, Claretie; la Hevue politique, dirigée par ChallcmelLacour, el qui, comme la /fevue encyclopédiqlle, au début du règne de LouisPhilippc, prétendait indiquer au futur parti de gouvernement qu'éta it le parti répu_blicain, les lignes générales d'une organisation politique cl so ciale, conforme à ses principes: la Démocratie, fondée par Chassin, el qui dans le dessein de ranimer la tradition, toute la tradition républicaine, invi tait à collaborer Louis Blanc e~ Quinet, Cantagrel el Naquel, Chemalé el Félix 9~L . Mais deux journaux surtout se firent remarquer: fElecleur cl le Héveil. Tous deux hebdomadaires, ils représentaient les deux grandes nuance ~ du parti républicain. Ernest Picard, le député modéré, le futur organisateu r de la gauche OU\'erte, avait fondé le premier. C'était Delescluze, le vieux révolutionnaire ombrageux, revenu de Cayenne à Paris et tout prêt à subir de nouvelles persécutions, qui dirigeait le second. L'},ïecleur se proposait de conquérir les institutions c1uisont la condition de la liberté et, dans ce but, d'évincer tous les candidats officiels, • de faire pénétrer les candidat ures indépendantes jusque dans les villages les plus reculés•· La haute conscience de Delescluze exigeait plus : par sa grandeur morale, par sa pu reté, le parti républicain devait, pensait-il, s'imposer au pays, l'entrainer ave c lui, el sans l'aide des orléanistes ni des légimisles, vaincre au nom du suf frage universel. Alors, mais alors seulement, déclarait le Néveit, les questions wciales pounont être résolues : elles ne pouvaient l'être, scion lui, qu e par la liberté politique. Par ces journaux, lo peuple républicain s'accoutumait de nouveau à lire, ,, discuter, à penser. L'Eiecteur, il est nai ne tirait qu'i, 900 exemplaires, et la Tribune à 2.;;oo; mais le Réveil tirait à 12.000, et il lui arrivait de ne pouvoir répondre à plus de 2.000 demandes (Tchernofî, /oc. cil., p. ;;12) Un pamphlet périodique les éclipsa tous. Dès le 30 •i:iai, llenri d e Hochefort avait lancé la Lanterne. Les traits, les jeux de mots, les insolences du spirituel polémiste avaient eu dès le premier jour un s uccès énorme, et qui s'accroissait de numéro en numéro •. \u bout do quel ques semaines, le gouvernement sévit. Trop tard encore : de Bruxelles, o ù ses amis avaient fait filer Rochefort (en aoùt) les 50.000 exemplaires de la Lanteme pénétraient en France et les investigations policières n'empê- ~haient point les Français d'apprendre presque par cœur les railleries décochées à !'Empereur ou à la famille impériale. Aux Tuileries, ce fut du désarroi. Désormais la bataille, une bataille acharnée, était engagée entre le po uvoir et l'opinion; quelques vieux, comme Ledru et comme George Sand, pouvaient regretter et s'inquiéter qu'elle eùt été décidée par un pamphlet sans noblesse et par un écrivain sans conscience. En fait les railleries e urent

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