Albert Thomas - Le Second empire : 1852-1870

\ ~J8 IIISTOIRE SOCIALISTE avait à expliquer pourquoi une association aussi longtemps tolérée était devenue soudain un objet de poursuite. Il l'accusa donc d'avoir en quelque manière rompu le pacte de tolérance conclu tacitement entre· elle et le Gouvernement, par le fait même qu'ellê avait abordé les questions politiques. Tolain qui avait été chargé de la défense générale, répondit en montrant qu'il était impossible « de distinguer la limite qui sépare la politique de l'économie sociale» et il railla finement l'avocat impérial qui y avait échoué. Il montra que la question des armées permanentes, que la question des impôts étaient des questions ouvrières:• c'ious n'avons fait de politique, concluait-il, que celJe qui ne peut pas se séparer des matières que nous avions à traiter, mais de politique pure nous n'en avons jamais fait. » - « A Roubaix, disait-il encore, le fabricant était à la fois législateur, magistrat et gendarme. Législateur, il prenait des arrêtés; magistrat, il prononçait des ,, condamnations pour infractions à ces arrêtés, et gendarme, il les faisait exécuter en mettant les délinquants à la porte de ses ateliers. Nous avons combattu cet état de choses monstrueux ; est-ce là faire de la politique?• (Premier procès de l'Association intemationale, p. 48-50. C'était, débattu entre l'avocat impérial et Tolain, le problème mème qui se pose encore à l'heure présente avec tant d'acuité à nos organisations syndicales. Le 20 ?11ars, les quinze prévenus, en qui l'avocat impérial avait bien vonlu reconnaître « des ouvriers laborieux, intelligents, honnêtes », furent condamnés à 100 francs d'amende chacun. lis firent appel et comparurent devant la cour impériale le 22 avril 1868. Ce fut Murat qui présenta la défense générale. Il fit un long historique de l'association et montra que pu la force même des choses l'association internationale comme telle ne pouvait s'occuper de politique. « Tandis, déclarait-il, que la question du prolétariat, du, salariat, du traYail est la mème aussi bien en Suisse qu'en France et eu, Amérique, la question politique se pose sou\'ent pour un peuple à un point de vue dilîéren t » (page 861. Libre donc à chacu1t des membres de l'associaûon de s'occuper de • politique dans les manifestations diverses auxquelles elle donne lieu dans les différents pays», c'est le devoir de tout homme et de tout citoyen (page 00). Mais l'association ccimme telle n'a ,pas ü intervenir el elle n'esl pas, affirmait-il, intervenue. L'avocat général reprit la thèse de son confrère de la correctionnelle. Tolain répliqua Yivement; il montra qu'au fond ce qu'on poursuivait, c'était, en dehors de l'association mème, l'attitude politique de ceux qui la composaient. Le procès était donc un procès de tendance: les prévenus affirmèrent hautement Jeurs tendances: « Nous autres socialistes, reprit Tolain, qui avons été mitraillés en juin et trnusportés au 2 Décembre ... nous ne nous contentons point d'nn mot ou ,d'une forme e1<téricw-e. Ce que nous désirons changer, ce sont les choses; dans la société que nous rèvons, le travail sera la base constitùti,•e. Nous avons donc cherché quel serait le rôle de l'Etat et à en donner une définition •· Et il montra que, dans la

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