401 IIISTOIRE SOCIALISTE montrer it la masse parisienne que c'étaient les aristocrates, les « gants jaunes » qui s'étaient opposés à l'établissement d'un Covvcrnc111cnt tout, dévoué au peuple. Il aurait pu insister davantage sur le fait que tous les militants, tous ics chefs, aimés des ouvriers parisiens cl capables de les entrainer, avaient été exilés, emprisonnés, depuis les massacres de juin jusques et y compris la journée du 2 Décembre au matin. Et cependant, malgré leur isolement, tous les jeunes, tous les énergiques trouvèrent cnco1·c le courage de combattre. « Cela suffit », conclut ~I. Tchcrnoff, it enlever « tout crédit à l'opinion qui tend à présenter les ouvriers rom me acquis à la cause bonapartiste». Une réserve est cependant nécessaire. On peut citer cet épisode : le 2 décembre, des insurgés ayant assailli un poste de soldats, près de la mairie du Ve, furent, it leur tour, assaillis par des ouvriers. Proudhon a souvent cité avec amertume cc mot d'un ou,Ticr: « Barbès a demandé pour nous un milliard aux 1·iches : Bonaparte nous le donnera». On se rappelle encore l'hésitation des ouvriers du Faubourg Saint-Antoine, le malin du :1. Et Beslay rapporte clans ses So,wenirs la réponse de ceux qu'il tentait d'exciter à la résistance: « C'est ù vous autres, bourgeois, à ,·ous montrer. Qu'avczrnus fait pour nous depuis dix-huit mois' Vous avez essayé de nous enlever le suffrage universel ». (page 230). Ce qui semble la vérité, c'est que Lous les militants, tous les ouvriers conscients de l'avenir de leur classe, furent unanimes clans la lutte contre le président. En dépit de toutes les légitimes rancunes qu'ils pouvaient conserver contre les républicains modérés qui avaient brisé leurs forces, ils résistèrent au coup d'État. :Mais ils ne pouvaienl plus, comme en !8!18, gagner les Limide~, les indifférents, les inconscients, la masse en un mot, qui fo1·mc les majorités, et qui, par ses entrainements, donne la force aux partis. La politique des dernières années avait enlevé toute con Gance à cette foule 1·edeven uc indifférente: la propagande républicaine, renouvelée, n'avait pas encore eu le temps de lui rendre ses espérances. Et cc n'étaient point les inquiétudes politiques des petits bourgeois parisiens qui pouvaient les décider à se soulever. )lais la bourgeoisie républicaine est mal venue encore une fois 1, reprocher aux ouvriers socialistes d'avoir trahi la République: tous ceux qui politiquement avaient encore le courage de penser s,t de lutter - et il ne peut s'agir que de cea.1:-là - se trouvèrent au premier rang, dans sa bataille. Paris vaincu, traditionnellement, la France devait l'être. ~lieux encore qu'une révolution, un coup d'Éta~, el surtout savamment, longuement préparé comme celui-là, devait s'imposer, sans résistance, à tout le pays, dès l'instant qu'il l'avait été à Paris. En l'espèce! les éléments conservateurs, '°utiea1 du priuce-prési,leut, devaient assurer en province un éclatant
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