Albert Thomas - Le Second empire : 1852-1870

HISTOIHE SOCIALISTE 313 C'étaient, dit James Guillaume (1, 36 les délégués genevois qui avaient reçu mission de la poser; el elle élail dcslinée à « scrdr en quelque sorte de pierre de louche pour éprou\"er la sincérité républicaine de certains délégués parisiens». Les délégués parisiens la ,·otèren t, non point, croyons-nous, comme certains l'insinuC:rent, pour dissiper les soupçons, mais parce qu'elle correspondait vraiment à leu1·s idées. Elle était ainsi conçue:« Le Cong,·ès déclare : « Considérant que la privalion des libertés poliliques est un obstacle à l'instruction sociale du peuple et i, l'émancipation du prolétariat; « 1° L'émancipation sociale du tra,•ailleur est insépnrable de son émanci-- pation politique; « 2° L'établissement des libertés polilifi:ues est une mesure première d'une absolue nécessité» . .\ la rigueur, encore, on aurait pu soutenir qu'il n'y a,·ait pas li, un d1angemcnl de tactique. Les formules mèmcs, dont usaient les Soixante dans leur manifeste de 1864, n'étaient pas absolument contradictoires i, celte résolution du Congrès. l\lais il n'en est point de même de l'adhésion de l'Internationale au Congrès de la paix et de la liberté qui devait se tenir quelques jours plus lard, du 9 au 12 septembre, à Genève. Qu'élail cc Congrès, qui attirait à cc moment l'attention de toute l'Eu~ rope et qui faisait presque oublier le Congrès des ou,·ricrs? li procédait de ce sentiment d'inquiétude que tous les démocrates avaient éprou,·é à la pensée d"unc guerre européenne possible, au lendemain de Sadowa ou lors de l'affaire du Luxembourg. Plusicur~ ligues ou unions de la paix s'étaient alors fondées; mais elles s'abstenaient de toute intervention dans le domaine politique. Etait-ce logique' Eti,it-ce possible ' Beaucoup de démocratesradicaux ne le croyaient pas. Ils estimaient âu contraire et avec raison que le clé,·eloppement polilique intérieur de chaque Etat était un facte,!r _essentiel de la paix. Ceux d'entre eux qui écrinient au Phare de la Loire rédigèl·ent un appel. Un comité clandestin s'organisa. Bientôt, les adhésions vinrent en masse, de tous les héros des luttes passées, des démocrates les plus illustres. Et la premièré question du programme manifesta clairement la pensée républicaine de ceux qui allaient se réunir. « Le règne de la paix, demandait-clic, auquel aspire l'humanité comme au dernier Lerme de la civilisation, est-il compatible avec ces grandes monarchies militaires qui dépouillent les peuples de leurs libertés les plus vitales, entretiennent des armées formidables et tendent à supprimer les petits Etals au profit de centralisations despotiques? Ou bien la condition esse!'tielle d'une pai.c perpétuelle entre les nations n'est-elle pas, pour chaque peuple, la liberté, et, dans leurs relations internationales, l'établissement d'une confédération de libres démocrates, constituant les Etals-Unis d'Europe? •·

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