Albert Thomas - Le Second empire : 1852-1870

294 HISTOIRE 'SOCIALISTE po1itiquemcnl trop compronlis aux yeux des correspondants parisiens; c'esl elle CJUisuscite le différend entre Blan<Juistes et Proudhoniens, soit à Paris, soit à la première conférence, à Londres en 18Gj, oll nos pères occupèrent déjà, tout comme nous autres, les camarades étrangers de leurs querelles passionnées. Et c'est toujours parce <Jti'ils se posent celle question et parce qu'en majorité ils la résolvent dans le sens blanquiste, dans le sens politique, que les travailleurs parisiens soupçonnent si longtel'nps, si obstinén1ent les tondateurs de l'lnlcl'llationalc d'ètre des bonapa1'listes honteux, des agents du Palais-Royal, et se refusent à adhérer i, l'association nouvelle. Nous avons retracé trop longuement les origines ml·mes des Internationaux pour arnir besoin de lcsjustificrdc celle accusation. Fribourg a raconté par quelle ruse Tolain et lui réunirent les principaux militants des syndicats ou plutùt des sociétés de secours mutuels de Paris et se justifièrent devant eux de l'ignoble calomnie de «. césarisme plomploonicn » Jls les convo ... quèrcnt indi,·iduellemcnl à une conversation qu'ils croyaient particulière et ol1 tous se renrontrèrcnl el s'expliquère11t. D'ailleurs, si les Blanquistes reprenaient avec la passion ordinaire <le frCres enne1nis l'accusation de servir l'Empire, les socialistes impartiaux qui n'étaient pas engagés dans celle lutte el qui tentaient de réunÏl' en un même faisceau tous les groupes révolutionnaires, ne soupçonnaient en rien les lntcrnationaux. Comme, dans un petit journal-belge, intitulé f Espiègle, Vésinie,·, un blanquiste de Londres, continuait brutalement cette attaque, Charles Longuet qui, notons-le bien, malgré son proudhonisrne, pensait « qu\1ne ré,1olution politique seule pouvait assurer au peuple le triomphe de ses revendications• 29 juillet 1805, lui répondait en se portant garn·nt du républicanisme de Tolain, de Limousin ou de Fribourg ( 1/iee Canche, 18 mars 66). « i\'ous remarquons, disait-il dans une page de fin bon sens, que si les délégués ouniers parisiens avaient le moindre penchant pour le bonapartisme el étaient décidés i, le servir, ils dcn·aient non pas cacher leur drapeau, mais le déployer tout grand, comme l'ont déployé quelques ouvriers parisiens qui firent 1'111 dernier du pseudo-socialisme au Pays. « Cc serait rendre un mauvais service au gou, 1erncmcnl impérial que d'agiter les masses o,wrières au nom de la réforme sociale, sans leur parler de ré"olu.tion, je le veu.2· bien, mais aussi sans les habituer à allendre leur rédemption de l'Emp,•renr, en déeeloppa11t a1t contraire leur actieité et leur initiative. C'est à celle œuvrc digne de Lou.,;nos encouragements que se sont déeo1tés les délégués parisiens, et s'ils ont su jusqu'ici, à force de calme, de prudence et d'habileté, continuer ce/le lu/le utile, ce n'est pas, il nous semble, un motif de les tenù· en suspicion >. C'était là, par avance, le jugement de l'histoire. Longuet comprenait admirablement quelle force révolutionnaire latente renfermait l'Internationale; il pressentait avec exactitude la fécondité de l'action méthodique, prudente et cauteleuse des Tolain ou de~ Limousin ; il sentait que malgré leur

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