Albert Thomas - Le Second empire : 1852-1870

3!18 lllSTOIHE SllClALISTE D'abord. que la proposition de Girardin procédait d'une exacte connaissan(·e des foit,. 11 ,'tait impossible, le 2 Décembre, de tourner les soldats l'Onlre le pou\·oir: les troupe~. éni,TéC'::, d·alcool rt d'enthousiasme bonaparli~lt• ,·•taienl toutes dt'·,ouécs au président. D'autre part, la bourgeoi,ic a,Hit peur de l't·meute, peur de la Hévolution, peur de 18~,2. Enfin, l'idée ùe grt·,c générale répondait bien, telle que Jïmaginait Girardin, à crl étal d'ho!,LilitC l'l de dt.'rouragrmcnl tout à la fois, oü ~c trouvait le pruple. :\lais, d"autre part la grè,e génèralc, non seulement des travailleurs, des producteurs mais aussi de tous lrs 1narcha11ds, l'arrt'·l de toute la \'ÎC sociale était une impossibilité, 11011 seulement arec une class«' ourriCrc non encore organisl;C, mais t•ncorr et :;urtoul dans une nation qui ue se sentait pas nuiméc d'un scntimcul de 1·éH,ltc unanime <·onlrc l'auteur du Coup d'Etat. i,'appd aux armes Je, républicains n'é('houait pas comme appel aux armes, mais parc<~ qut• le peuple insurrcctionucl ..!e Paris, désorganisé, n'était plus en l'Lal d'agil'; lê 111oyen nouveau de la grève gcnérale cùt t~Lé,lui aussi, crllt• fois,' <'l en raison mèmc <le l'incertit~dc Je l'opinion, inefficace. Le jeudi 1, Déceml11·cdécida Je la lulte. ~1. de ~laupas avait fail afl1cher dê~ k matin une proda111atio11significati,·c. « Les i,.tationncmcnts des piétons sur la rnie publique cl la formation de groupes seront sans sommations dispersés par la force. Que les ciloycns paisibles restent à leu,· logis. • L'l~lysJc arnit décidé qu'il aurait sa journée! La foule, dès le matin, était immense sur les boulevards, foule agitée,. secouée par les nouvelles les plus étrnngcs, les plus fausses. Les ouvriers y dominaient; depuis t.leux jou1·s, les sentiments républicains regagnaient les cœurs, aidaient à secouer le découragement. Du Chàtcau-d'Eau au Boulevard Bonne-Xou,clle, et dans toulcs les petites rues qui de là mènent ù la Seine. des barrica<leb s\>Ic,aic-nt. On avait trou\·é trois-<·cnts fusils à la mairie dur., rue du Faubourg Saint-;\lartin. Du houle,·ard ~lontmartre à la Chaussée d'Anlin, dans un qual'licr qu<:',dès alor~, on voyait rarcmCnt ·sympalhiser a,cc les mou,<'mcnts populai1·es, une , ive agitation régnait. Les c gants jaunes•, comme les ont appelés. dans leur d~pit de les avoir'trouvés contre eux, ce jour-là, les histol'icns bonapartistes (lisez: la jeunesse lellrée et aisée du commereeparisien disaient leur colère contre les fauteurs de Coup d'État et houspillaient les olfü·iers qui passaient. Sur la ri,,e gauche, enfin, les étudiants s'agitaient, et, pauvres impuissanls, désespérés de ne pouvoir passer les ponts, occupés par la troupe, ils ébauchaient des barricades, rue de la llarpe, rue des Mathurius-Saint-Jacques, rue Dauphine. « ;\laintenant, qu'un régiment hésite ou qu'une légion sorte, s'écriait Jules Fa,·re, et Louis-Napoléon est perdu! • Et ;\l. de :\laupas télégraphiait à l'impassible Morny, « Laisser grossir maintenant serait 1111 acte de haute imprudence. Voilà le moment de frapper un coup décisif. ll faut le bruit cl f effet du canon, el il le•

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