Albert Thomas - Le Second empire : 1852-1870

HISTOIRE SOCIALISTE qui maintcnaient,ù l'Académie ou dans les salons de lellls cluiteaux, le culte de la liberté. En dépit de son inconcevable errcu,, sur le pouvoir temporel, ou malgré celle des r6publicains nationalisanls sur !"unité allemande par la Prusse, lorsque le petit homme prenait la parole pour dénoncer le gaspillage des forces fran~aises et les imprndenccs de la diplomatie napoléonienne, il apparaissait. selon le mol de Pcssard, comme « !'Egérie de toutes les opposi1io11sunies ou séparées•• et son toupet• blanc brillait ~omme un phare c1ui ralliait la gauche». Dès janvier 18(l'i, lors de la discussion de l'adresse, Thiers a,-ait signalé que l'expédition du ~lexique coùtail 11, millions par mois au budget, el retenait loin de F,,ancc 1,0.000 hommes, dont on poumil avoir besoin. '< L'honneur militaire esl sauf, disait-il, l'archiduc n'est pas parli, il ne faut pas s'engager darnnlagc cl Irai ter a, cc J uarcz ». Sage conseil et que la majorité ellc-mème entendait bien; mais Rouhcr lui fit acclame,, aussitôt ,, l'homme de génie» qui avait con<·u l'expédition; et lorsque Thicr• voulut rcprcnd,,e la parole, un Péreire s'écria« qu'on arnit trop parlé déjà en faveur de l'étranger , et les fabricants de chocolat de 1~majorité refusèrent d'entendre sa n'pliquc. Dans la même session, Jules Fa\Te signala la violation du d,,oit qui se commettait alors dans les duchés danois. Et, à l'occasion du JH1dge1, plusieurs fois encore, les orateurs de l'opposition recom1t1cncè1·ent leurs attaques contre le gaspillage tncxicain. Les éYèneme11ts, il f.t11:1itbien le rccon11aitrc, leur donnaient raison. La majorité continuait d"applaudir Hou hcr, mais. secrètement. elle approu,·ait la gauche et il lui arri,·ait en 18(;.; de laisser échapper quelques"' très bien» lorsque Bc,Tycr dénonçait• cette folie pure, de ,·ou loir fonder l'équilibre de· notre budget sur l'espoir des rcdevanrcs nw~ic.nines •· Dans le public 011 s'impatientait des fausses nouvelles et les journaux parlai,·nl plus hardiment. « Les concspondanccs officielles, disaient un jour 1<-s l)Jhats, pcu,ent se résumer en un seul mot: Juarez continue à être f"n fuite comme par· le passé». En l8G;;, encore, lors de la discussion de l'adresse cl lors du budget, l'opposition rcnou,.cla sa critique de la politique extérieure. Un député, récemment revenu de mission, ~I. Corta a,ait dépeint le ~lexique comme un pays de Coca;;ne où tout allait à souhait. Le sceptique Ernest Picard n'en put pas moins dire à ses collëgues <1uctous désiraient la fin de l'expëdition cl qu'ils dr,·aicnt eu h;Hcr la fin, si du moins ils C'navaient le courage. Il d('chalna un tufflulte; mais il a,·ait dit vrai. ,\ l'occasion du budget encore, Jules Favre dénonra les crimes commis par les troupes, les incendies de ville, cl les jugements moips que sommaires rendus par les Conseils de guerre. \I. de Guilloutcl avait beau lui crier que• la Chambre l'écoutait avec indignation», :'Il. Rouher avait beau justifier les crimes militaires en disant que les villes mexicaines n'étaient que • des repaires de brigands •· Chacun, dans la Chambre et dans le pays, sentait encore une fois qui des deux disait v1·ai. Les correspondances privées dôcrivaient les embarras, la faiblesse de

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