Albert Thomas - Le Second empire : 1852-1870

HISTOIRE SOCIALISTE 247 ~lais l'intcr,·cntion italienne cl la question romaine, les d6marchc:, diplomatiques en fa,·eur des peuples opp1·imées, les expéditions lointaines pour la défense catholique et la propagande des missionnaires, avaient détaché -de ]a France ou tourné contre clic la plupa1'l <les nations. Préoccupé comme il l'était <le rallier ses sujets par la gloire, ~apoléon lll avait rcnoncl· ~1 suivre la politique de sagesse et de prudence qui avait établi son inHucncc en 18.3Get qui cl1l garanti il la France une situation e~tél'icurc hors de pair. li avait proclamé à Loule occasion que ics traités de 181.3avaient fait leur temps, que le principe des nationalités ou le p1·incipc des frontières naturelles <le,·aient présider à un rc1nanlrncnt de l'Eut'ope. et ses interventions multipliées a,·ait fait redouter souvent que Je nou,·cau ):apoléon ne Uoulc\ersàt le rnonde comme le premier. ::\IHis il connaissait trop les ambitions, les convoitises et les susceptibilités des diverses races, pour ne pas redoute,· les coalitions qu ·une réHlisat ion autlaricusc des idées 11apoh~onicnnes auraient fol'lnécs co11t1·elui. Constamment pri~ entre ses rêve~ ou son perpétud dl•sirdc ~ati~- fai 1·c les partis et, cl'aulrc pa rl, la crainte de déchaîner une guel'l'c <'li 1·opéenIIC', le pitoyable sou\·erain, bientùt fatigué el malade-, par ses demi-décisions, par '; ses timidités et ses incCrtitu<lcs, achc\'a en quelques annt~c~, de comprometlrc la Fr:rncc cl de ruiner son trùnc-. Dès la fin de 1863, la France était, à l'extérieur, dans la situation la plus étrange, la plus ,·isquée. Par ses expéditions coloniales, par ses inter\'Cntions diplomatiques, elle se trouvait engagée, su,· tous les points du globe, <lans tous les problèmes, sans qu'elle plil désormais compter sur uuc alliance. Ses entreprises coloniales avaient inquiété l'Angleterre: celle-ci sui\'ait d'un regard jaloux, mais bientôt satisfait, J'aventu1·e mexicaine, ou par ses surenchères libérales, s'ingéniait d'autre part tl brouiller la France avec les jeunes nations dont elle cherchait la clientèle. L'amitié russe, que ;\apoléon Il I avait entretenue depuis 1830, s'était trou\'éc brusquement rompue par son intervention maladroite cl incomplète en fa\·eurdes Polonais. Les relations avec l'Espagne, depuis la rupture de la Con\'enlion <le Londres (p. 13Gi, étaient plutùt tendues; et les Etals-Unis n'attendaient que d'être soulagés de Jeurs luttes intestines, pour signifier it la France qu'ils ne tolèt·e11aient pas <l'Empire étranger sur le continent américain. L'Autriche ne pouvait que garder rancune i1 l'auxiliaire de l'Jta)ie, au gouvernement qui la1u:,;aitcontre elle les libéraux de tous les pays, cl la Prnsse, dont ~l. de Bismarck faisait peu à peu la protectrice et l'avocat du patriotisme germanique, ne pouvait se compron1ellrc par une alliance outre-Rhin. Restait enfin l'Italie; mais le re,·ircmcnt brusque de la politique française, à la veille des élections de 1863, avait suffi i, lui faire oublier le service rendu en 18~9 cl i, tourner déjit contre nous le patriotisme populait·e, tandis que le Saint-Siège, incapable de se défendre lui-mème, réclamait sans cesse, pour sa sécul'ilé, des garanties nouvelles.

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