Albert Thomas - Le Second empire : 1852-1870

244 HISTOIRE SOCIALISTE formules succcssi,·es de Ja candidalurc ouvrière établira qu'il n'y a point filiation. D'nillcurs, <1uclles que soient les formules, l'.C que nous avons voulu montrer, ce que nous cro~ ons vrai, c'est que le mouvement d'idées qui devait aboutir ,, la création <le rinternationale p,océdait directement du premier effort de résistance p.-ofcssionnelle des tra,·ailleu1·s parisiens. Comme des tradc-unionistcs anglais contemporains, ils n'étaient intervenus dans l'artion politique, que pour obtenir une liberté plus grande dans le domaine économique. Leur tcntati\'e politique ayant échoué, ils tentaient, dans les conditions mttmes qui leur Ctaicnl faites, de donner i1 leur ad ion économique plus de force pat· l'allianrc a"er les tra\'ailleurs étra11;tcrs. 1::,·idcmmcnt, en février J8ü', encore, ils manquaient tout it fait de <·ulture théoriq11e. ~lais l'heure était ,·e11ue où ils allaient rompreudre de nouveau toute la partie sin~ulièrc des théol'ics socialistes. Dan!i le Conseil général de l'Internationale, \larx allait tenter d'exprimer intellectuellement, el a\'CC une puissance ma!{nifiquc, tout re singulier mou,·cmcnl oü il pou,·ail \'OÏi' déjà se réaliser en partie l'érnlution quïl a,ait dé<'l'ite clans le ~lanifeslc communist~. Et ;i Pa,·is même, Proudhon auquel les Soixante a,·aicnl adressé leur ~lanifcste, disait. dans son del'llier li\'re, dans cette Capa<ile politique des <·la.... s,•s <>111 1rù•rr."i, qui est presque certainement son d1c(- d'œuvrc, l'impo1'lancc de t~('ttc date dans ]'histoire du monde moderne. Con1111c ~lan:, Pl'ouclhon cul conscience, en effl'l. que le socialisme Yenait de se ré,eillcr. qul' le mou,·c-111cntou,..-icr allait recommencer. pou1· sa r\!alisalio11. Ca11u··li11al. tout jeune alors, n1yait le ~rand pcn~em· t:hac1uc <lirna,u·he, rue du Chrr'<'h,•-.)lidi,chez Deslay, ol.1 ,cnaie11l aussi Chaud<•y <'l Dut·ht'·n('. (,!uand P1oudhon lut le manifrslt\ m'n 1·aconté notre carn:natle. il eu fut ilUssitùt <'nlhou:o,iast<': il dl'clni-:iquïl • allait t·•(·rirP un liH·e (lp-.-,li-- ',). Très souffl'ant th~jà, so11\·cnt intcl'rompu dans son lrtnail par des <'r'ÎS('s d'asth111e il dc\'ait mourir au printemps de 180:; il t'.•eri, it sous l'inspiration des ou, l'iers de Paris et de Houen qui ra,·aicnt consulté. il t'rri\'Ït don,· pour eux, cet admirnblc 1·ésuml• tc:-;tamcntaire de sa pensée. Xous 1·ctrouvcrons ~a doctri,w, exprimée el défonuée par ces nou\'eaux et zélés <lisciplcs, clans 1,•s Congrès <le l'international~. Ce que nous devons marque,· ici, ce fut la conception <1u'il eut de son lhrc. Il a'"ait compris, comme ~larx, le ca1·actèrc spontané du n,011vcmc11l; il a\'ait senti, comme lui, qu·une classe ouvrièl'e consrienteétait née; il eut la préoccupation de lui donner une idée, celle de la• démocratie nouvelle•, celle du mutualisme, où il résuma sa pensée. • Pour qu'il y ait <lans un sujet, incli\'idu, corporation ou colledi,·ité, écl'Ï\'ait-il, capacité politique, trois conditions fondamentales sont requises: 1" Que le sujet ail conscù•nce <le lui-m<'me, cle sa dignité, de sa ,·aleur, de la place qu'il occupe dans la société, du rùle qu'il remplit, des fonctions auxquelles il a droit de prétendre, des intérêts qu'il 1·epré1ente ou per• sonnific;

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