Albert Thomas - Le Second empire : 1852-1870

IIISTOIRE SOCIALISTE 241 « Travailleurs de tous pays qui voulez être libres, à votre tour d'avoir des Congrès. C'est le peuple qui revient enfin sur la scl•IH', ayant conscience de sa force, cl se dl'cssant en f"al'C de la l!Jl'Ollnie dans tordre politique. en face dn monopole. du privili•ge dans l'ordre économique. « Depuis loi,gtemps. gnlce aux découvertes scientifiques, lïndustrie dé,•eloppe chaque jour sa production; l'emploi des rnad,ines. en facilitant la di\"lsion du ll'avail, augmente sa puissance, tandis que des traites de corn• mcrce, inspirés par la doctrine du libre-échange. lui ouvrent partout de nou,·caux débouchés. « Progrès industriel. ~i,·ision du travail, libre-échange, tels sont les points qui doivent aujourd'hui fixer notre altcntio11; car ils ,·ont modifier profondément les conditions économiques de la soril·ll;. Poussés par les besoins du Lemps, par la force des choses, les capitaux se roncentre11t et s'organisent en puissantes associations financières cl industrielles. Si nous n·y prenons garde, celte force sans contrepoids règnera bientùt despotiquement. « Sans \'Ou loir rclc\'cr cc qu·a lt·op sou,·cnt <le dérisoire le conseil qu'on nous prodigue: <t Economisez», nous ,·oyons l'aristocratie futnl'e accaparer la direction <les plus modestes épargnes. Inspirée par un sentiment charitable N par le besoin de nous protéger quand même, elle excelle à l'aide de mille moyens ingénieux ù enlever au tra,·aillcur le maniement de son mince capital, au lieu cl"cx<.'ite1c·hez lui l'esprit d'initiali\'e. Xos faibles économies, englouties dans cc Pactole, nous feraient les serviteurs des J)l'inces de la finance, tandis que la division du tra\'ail tend à faire de chaque ou,-rier un rouage dans la main des hauts barons de l'industrie. « Devant celle organisation puissante et savante, tout plie, tout cède, l'ho1nmc isolé n'est rien: il seul tous les jours diminuer sa liberté d'action cl son indépendance. DcYant celle organisation, l'initiath·c individuelle s'éteint ou se discipline au profit de celle organisation. « Le travail est la loi de l'humanité, la source <le la richesse publique, la base légitime de la propriété individuelle. Il doit être sacré, libre. « Or, quoi qu'en disent aujourd'hui les grands prêtres de l'économie politique et sociale, nous affirmons qu'il ne l'est pas. Sa,·ants théoriciens• courbés sur de gros lh-res, ils formulent des axiomes qui reçoivent, l, nos dépens, de cruels démentis. Ils semblent ne von loir regarder le problème que par un bout de la lorgnette, celui de la consommation. En vertu de la loi de l'offre et de la demande - l'ouvrier est assimilé par eux à un produit manufacturé - un illustre homme d'Etat de l'Angleterre n'a-t-il pas dit: « Quand deux patrons courent après un ouvrier. le salaire monte. Quand deux ouvriers courent après un patron, le salaire bai.sse n ? Quand le capital, cc fécond auxiliaire du travail, devient son dominateur implacable ou réduit le travailleur à la famine, on appelle cela l'écbange des services, la liberté des transactions! Quand, placé dans des conditions défavorables, l'industriel

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