Albert Thomas - Le Second empire : 1852-1870

HISTOIRE SOCIALISTE 201 t1·ices : le lendemain tous faisaient mise bas, sauf deux. C:~ nique, le palron déposa une plainte conlrc la coalition et fit arrêter plusieurs ouvriers. Ceux-ci dénoncèrenl alors à l'adminislration les menées des maitres, qui, pou 1· acccnluzr encore l'abaissement des salai rcs. faisaient dresser des jeu ncs filles. dans les communautés religieuses, au tra,·ail de la cornposition. On conçoit que, dans ces conditions, les tra\"aux de la coin mission mixte ne pOll\'aient ètre qu'une comédie; le 20 mars 1 les ou,-ricrs y mirent fin . .\lors, le 22, i, la succursale de Clichy de lïmpl'Ïmcrie Dupont, <les femmes furent introduites, avec un salaire réduit de 30 0,0. Le gros patron qu'était ~!. Duponl, décoré et député, avait Iïmpudcncc de déclare,· qnïl agissait ainsi, en bon philanth1·ope, afin de fournir du lnwail aux femmes. ~lais, pressentant sans doute que cette philanthrnpic ne scrail point tolérée longtemps par ceux qni en faisaient les frais, le 1:; mars, san::. que le moindre désordre se /1it produit, sans que le /r1111ail r1il l'lé abandonne, il faisait arrèlcr par la police, toute it sa dévotion. cinq compositeurs, les mauvaises tètes. Le coup manqua : le 1E, malgré l'arrestation des meneurs, J 17 ouvriers sur 120 faisaient g1·è,·c. La police alors multiplia les arrestations : Gauthier, président de la société typographique, rendu responsable fut arrêté; avec lui, une trentaine ioun·icrs. Sept anestations furent maintenues. Le 8 m3Î, après plusieurs semaines de détention prCnmti,·e, après deux jours de dëbat, trois d'entre eux furent arquittés; les quatre autres condam• nés ü 10 jours de prison et 1Gfrancs <l'amende. Deux des condamnés interjetèrent appel; let, juin, ils étaient de nouveau condamnés en appel. Cependant ::n-ecune énergie admirable, sans se laisser intimider pa1· ces pre1niè1·es condamnations, ni par les coupes somhres faites par les patrons (ül ouvric1·s n'avaient pu rentrer che7. Dupont), les oun·iers typographes poursuiYaient la révision du tarif. Des patrons, ils en appelaient maintenant au pouvoir. Le :!O mai 1862, par une pétition signée de 2,400 ouvriers el adressée a }'Empereur, ils réclamaient le rCglcment d'administration publique promis par le décret du;; février 1810 sur l'organisation de lïmprimcrie. « A défaut de la liberté d'imprimerie, disait la pétition, du moins nous désirerionl<i jouir des garanties que i\'apoléon J"r a\"aÎt fait espérer en favl'nr des o,wriers privés de la possibilité de s'établir. » Et ils réc1amaient le droit d'avoir leur chambre syndicale, comme les patrons: ils réclamaient un tarif périodique, établi par un accord entre patrons et ouvriers cl obligatoire pou a· tous, ,enfin la limitation par une commission mixte du nombre des app1·entis. Le ministre du commerce répondit qu'il ne poln·ait satisfaire aux vo.:ux exprimés. La situation était désespérée: les délégués de la Commission ~nixte conseillèrent alors d'accepter les maigres concessions faites par les patrons le 25 mars. ~lais les ouvriers se retirèrent en bon ordre; ils demandèrent dans chaque maison un engagement formel d'appliquer le tarif; et les

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