Albert Thomas - Le Second empire : 1852-1870

200 IIISTOIRE SOCIALISTI( fatalement au régime de taquincl'ies policières, dont lrs sociétés étaient victimes. ~1ais les 011\'ricrs, aussi, n'allaient-ils point être entrainés clans l'engrcn:igc ? ;\'allaient-ils point celle fois•ci se laisser enrôler dans Je socialisme impé,.ial :• - :'ious a,·ons tenu à ci tel' presque enlièl'e la lellre de Tolain qui fut l'origine <lu rnou\'cmcnt. Elle rsl d'une toute autre note que les brochure~ ou,-rièrcs. Elle indique bien dans quel esprit Tohin cnll'ait en relations avec le Palais-Hoyal. B<'aucoup de ceux <JUÎ 1'(·11touraic11l, qui subissaient son ascendant. étaient des l'l:puhlicains; tous étaient soucieux de leur indépendance. lis allaient profiter des f,wcul'S du pouvoi,.: ils allaient accepter ses offres. En échan~r ils ne promettaient ric11. C'était comme un droil qu'ils rédamaicnl la liberté des coalitions cl la tolé1·ar1ce des associations. Les doutes sou,·c11l cxprimûs sui· Tola in m'inquiCtaient. J'ai interl'ogé sur leur jeune temps quelques-uns de nos camnrades du parti : certains. ceux surtout qui cntrè1·cnl dans le mo11vc111cnl, pendanl les dernières annëes de l'Empi1·e, ont rontinué depuis lors <le considérer Tnlain. comme l'agent du Palais-Hoyal. lis en sont restés à lï111p,.essio11 des luttes cnt,·e la p1·e111ièreet la seconde Internationale. ~lais ceux qui le connu1·ent <lès la première heure, m'ont affi1·ml· qu'il n·en f'tait 1·ien; qu'il eut pou1· hut précis et clairement Yu, non de rallier la classe 011,Tièrc à l'Empire, mais d'obtenir les libertés indispensables i, la défense de ses <li-oils, <l'utiliser toutes les avances que l'Empire, ayant besoin d'eux, pouvaient faire nux ou\'riers. La lettre du 11, octobre 18Ul, éc,·ite spontanément el sa différence de ton avec les IJroclwres ouvrières, manifeste clairement déjà les sentiments d'indépendance el de dignité de son auteur. Et le récit qui suivra les établirn avec cc1·titucle. Quoiqu'il en soit, par l'inlcn·entio11 du prince ~apoléon, I1opinion publique se trou,·aiL saisie. La Commission ou,Tière fut constituée le 2 févrie1· J8G2. Or a cc moment, un grave conflit ,·enait d'éclater dans la typographie parisienne. Les ou\"riers y vi,·aient encore sous le régime des salaires de 181,3. :\lais depuis onze années, loyers cl denrées avaient sans cesse augmenté de prix, nous avons dit dans quelles propol'tions. Le pouvoir même, à la fin, avait dù s'en émouvoir. Persigny, en janvier 1861, avait écrit au pl'ésidentde la Chambre des mailres-irnprimeurs, Pion, pourlui demander d'étudier la question des salaires; et le directeur de l'imprimerie nationale, Peteti n, a \"ait pris l1 ini tiati ve cl' un rclè,·erncn t des prix dans cet établissement. Après un an de dé,narchcs, en déccmb1·c U1, les ouv1·iers avaient enfin obtenu des patrons la 1·éunion d'une commission mixte; ils avaient 11ommé leurs délégués; la première séance avait eu lieu le 9 janvier 1862. :\lais les patrons étaient mal disposés. E~tre la première et la deuxième séance de la commission, en Yt'ritable provocateur, ?II. Le Clère, imprimeur, rue Casscllc, et délégué suppléant de la Chambre patronale, introduisait dans ses ateliers des femmes eompositrices à un salaire inférieur au tarif. Le 21 janvier, il ren\'oyait six composi-

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