Albert Thomas - Le Second empire : 1852-1870

180 IIISTOIHE SOCIALISTE de l'herbe», écrit le procureur de Colmar dans son rapport pour le premier semestre en 18:;r,. Et partout, il faut qu'on organise des quêtes, des souscriptions, des ateliers de charité ... ou des fêtes pour remédier à cette misère. Mais tout cela suffira-t-il? Le gou,·crncment n'est pas rassuré. Il se souvient de la disette de 181,7: il craint que les populations ne !"accusent. Çà et lâ, les procureurs relèvent des signes d'excitation, de révolte même. A Troyes, en 1853, des placards séditieux ont été affichés dans les rues: « Si le ,l octobre, y lit-on, le pain n'est pas à 30 centin,cs le kilo, le feu sera. mis dans la ville »•• \. .\!eaux, autl"Cplacard: « Le pain ù 1 fr. 30 ou la mort ». .\. Lille, on a1-rachc en 185:;, i1 la porte d'un des principaux fabricants, un, écriteau portant: « le pain à deux sous la livre, ou l'échafaud ». D'autres J?Ortent: «.Les agitateurs, les accapareurs et les fermiers à la potence». Dans les villages autour d'Angers, ce sont les mèmcs placards séditieux, annonçant des insurrections dans toute la France, aux cris de « .\ bas les tyrans, le pain à vingt-cinq sous, ou le feu dans toutes les baraques; lç pillage, le sang de Lous ceux qui veulent nous faire mourir de faim, nous et nos enfants ». A Anzin, encore, mêmes placards: <t Du pain ou la mort! Du pain ou nous faisons des victimes ». Enfin, dans quelques localités, des émeutes de subsistances éclatent : en mai 1853, les femmes clt, Cùteau-Cambrésis réclament « le pain i, 1 fr.» cl cassent les vitres des boutiques. Les ennemis du régi,nc, maintenant, ne vont-ils pas profiter de ces émeutes 1 ne vont-ils pas les tourner en ré\"Olution 1 A l'automne de 1853 mème, l'inquiétude gou,·ernemcstale est à son comble. Le 23 septembre, comme tous les procureurs généraux sont en vacances, le gouvernement les rappelle. Il leur signale dans sa circulaire (88 50;', l4) les symptômes de mécontentement et de désordre qui se manifostent, la cherté des subsistances, cause de ces tl'Oubles. «Je regrette, éc1·it le ministre, que dans ces circonstances vous vous trouviez éloignés de votre poste. Je n'ai pas pù cependant vous refuser l'autorisation de le quitter. Quelques semaines de liberté pouvaient vous ètre nécessaires ... Je verrais toutefois, avec une vive satisfaction, que vous reprissiez la direction de votre parquet, aussitot que vos affaires ou que votre santé n'y mettront pas un obstacle sérieux. Yotre présence au chellieu de la cour aura, dès qu'elle sera possible, d'autant plus d'opportunité que d'après les informations récentes, il parait constant qu'un certain nombre d'individus, ennemis déclarés du gouvernement, entretiennent el et cherchent à diriger età exploiter au profit de leurs mauvaises passions l'inquiétude et l'agitation des populations•· En conséquence, les procureurs sont priés de dresse!' la liste de tous les individus capables de tourner en mouvement anti-gouvernemental le mécontentement général ou les émeutes de subsistance. La circulaire indique que les généraux et les préfets feront de même de leur coté, et qu'on rapprochera les listes et les renseignements donnés. C'est, on le remarquera, le système des commissions mixtes qui se prolonge: '/

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