Albert Thomas - Le Second empire : 1852-1870

IIISTOIRE SOCIALISTE IG1 nouveau aux élections complémentaires de 1861, par le manifeste des soixante et la can<lidatu1·c du ciseleur Tolain. Petits faits sans doute, dont 011 parla comme d'anecdotes électorales ou comme de manO"uvrcs policières, mais d'une portée énorme el qu~on ne vit pas tout de suite dans l'histoire socialiste du x1xc-siècle! l.a classe oun·ière ,·ou lait pade1·, cllc-mèmc, sans l'intcnnédiaire de personnes interposées; elle voulait itnposcr ses revendications; clic voulait dire de nOU\'Cau le projet de révolution sociale qu'avec l'aide des penseurs d'avant !18, elle avait fo1·mé, co11t,;u,qu'elle avait tenté de réaliser, au prix des plus durs sacrifices, cl qu'elle avait depuis décembre, conscr"é pieusement, jalousement, pour tenter une nouvelle fois sa complêtc réalisation. De quels limbes surgissait-elle? Comment a,·ait-cllc pu reprendre assez de forces, pour se dresser à nouveau dc,·ant l'Empire oppresseur et hypocri.tc, devant la bourgeoisie même, libérale et exploilrice ~ CHAPITRE IY QUELQU'ux ltEPAltA.IT I.a classe ouvrière, décimée en 185:l, réduite au silence par la police, et quelquefois hélas! corrompue el endormie par d'hypocrites bienfaits, vers 1863, s'est reprise à vi\'re, à penser cl à espél'Cr. Un jour, conunc subitement, elle a recommencé la lutte pour son émancipation : cette soudaine rentrée en scène Yaut certes d't'tre expliquée. Il nous faut di,·e tout Je travail obscur el long de sentiments et d'idées qui aboutit presqu'en quelques mois à la candidatu~c OU\'rièrc en .1863, à la fondation de l'Internationale en 186!1 cl à la rcco11stitution d'un mouvement ouvrier dans le mou,·emcnl républicain même. ;-./ous avons décrit plus haut la condition qui lul faite par l'Empire à la classe ouvrière: la loi des li,Tcts, la loi des prud'homrnes, la règlementation· des sociétés de secours mutuels, la bienfaisance gouvernementale et les grands tra,·aux publics; nous ayons dit la place qu'on attribua an pro• létariat dans l'édifice impérial. ?\ous avons montré d'autre part, comment dans les grandes villes et dans les régions industrielles les ouvriers demeurèrent obstinément républicains. 11 nous reste à marquer comment l'idée, souvent bien effacée et devenue hien vagHe, de l'émancipation nécessaire continua d'animer beaucoup d'entre eux, pendant ces tristes années; - .et comment un jour, par les eflets complexes et lents de circonstances économiques, cette idée se rnanifesta de nouveau a,·ec force el s'imposa. Aussi bien était-il impossible quP. toute l'ardeur d'émancipation qui animait le prolétariat de 1848 eùt disparu sans laisser de traces. Il était impossible que ces ouvriers des grands centres, dont les sentiments socialistes avaient été assez précis pour les rattacher naguère ;, des écoles opposées, eussent soudain oublié tous leurs projets, tous leurs efforts.

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