Albert Thomas - Le Second empire : 1852-1870

IIISTOIRE SOCIALISTE rail bien se lrouvcr cncon, dans Je pays des hommes uniquement fidèles aux sou,·enirs du passé, ou trop absorbl·s par les espérances de l'avenir, 1nais le plus grand nombre apprOll\·e,·ait avec ardeur. El quant à moi, qui suis républicain, j"admirerais, j'appuierais et mon appui serait d'autant plus efficace quïl serait complètement désintéressé >1. La trahison était flagrante: il fallait la faiblesse du parti républicain d'alors pour qu'elle ne f,il pas plus violemment soulignée. Jlorny, se chargea, lui, de la souligner en supprimant au p1·ocès-verbal, le « moi qui suis républicai11 )). ,::mile Ollivic1· ne protesta pas.« C'était la ,·é1·ité ))' comme il aime il di1·c ! Il n'était plus répuhlicai n que <le nom. llcul'Ct1scmcnl, autour des Cinq, ou it côté d'eux, Loul un nouveau parti se reconstituait. Depuis 18~0, bien des proscrits t'laieut rentrés; cl si les plus célèbres, ceux qui avaicnl le plus <l'autorité auprès du peuple, si Ledru, Quincl, Louis Blanc, J lugo demC'uraicnt eu exil; si. d'autre part, ceux qui rentraient, sentaient sou,·cnt,, qu'ils ne parlaient plus la langue nationale 1> cl s'accommodaient difficilement aux nou,·cllcs conditions de lutte, leurs souvenirs, au 1noins. élaicnl écoutés; et la pcrsé,·érance de leul's convictions animait la haine des jeunes. Sans doute, ils étaient 1 -:: id{·alistcs >> et phrascnl'S; sans doute, ils étaient rcligiusùtrcs, mystiques :1 leur manière, dédaigneux <les réalités, cl lorsque les jeunes êludiaicnl le passé, le passé toul récent, donl ils supportaient les Jourdes conséquences, ils s'indignaient de toutes les bt·ti~es commises; et le mépris des réalités, la confiance aux « sentinelles indsihles >1, l'ignorance absolue des questions de tactique, d'organisation, qu'ils notaient chez lclll'S ainés, les rérnllail. :\lais il leur pardonnait beaucoup, parce qu'ils avaient beaucoup souffert. Ils les fréqucnlaicnl, les écoutaient, cl dans ces premières années, de 1839 à 1863, tous ,enco,·.c les respectaient. Chez Dréo, le gendre de Gamier-Pagès, chez llérold, chez Ollivier même, les jeunes rencontraient les anciens, Carnot, Garnier-Pagès. ~laric. ,\u Corps législatif, ils allaient écouler les Cinq. L'Empire « libéral » avait accordé au public, dix-huit places. Elles étaient constamment occupées par les mêmes jeunes amis des Cinq: on les appelait les« auditeurs au Corps législatif•· De leur nom, ils s'appelaient Floquet, Clamageran, Laurier. Ferry, Gambetta. Les historiens de la Troisième République ont popularisé la jeunesse de leurs grands hommes. On a presque une hagiographiegambcllisle. Gambetta au Procope, débraillé el fou!-(ucux, reprenant les débats du Corps législatif, et tenant sous le charme les camarades qui l'entourent! Le tableau est classique. Nous aimons mieux rappeler que le jeune avocat de Cahors, tout en se formant à la vie parlementaire et en demeurant avant loul le grand rappor• leur des débats du Corps législatif, à la conférence Molé, était, dès alors, constamment préoccupé du problème social. Dans sa jeunesse, il s'était

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