Albert Thomas - Le Second empire : 1852-1870

IIISTOJHE SOCIALISTE VII que jamais Proudhon n'a été mieux inspiré que dans celle période où, affranchi de tout utopisme, et tourné tout entier vers la lactique politique, il écrit ;, la fois son livre capital (ne la cap<tcitépolitiqne des classes ouvrières) el découvre le jeu de bascule qui, selon les cas, fait de l'abstention en masse ou de la manifestation en masse sur une candidature exclusivement ouvrière, le moyen de propagande le plus énergique dont dispose une classe ouvrière consciente d'elle-même et préoccupée de ne se compromettre ni dans les bassPs rivalités électorales ni dans les alliances de hasard avec un libéralisme bourgeois inconsistant et prêt à la trahison. On lira plus bas (p. 216-223) le manifeste des soixante publié en 1864 el que Thomas réédite pour la première fois in extenso. Ce document montre comment la pensée proudhonienne, dont il est issu. a su se transformer cl mî,rir au contact du prolétariat militant, et il est comme la première charte que s'est donnée la classe ouvrière, pour attester sa capacité politique nou,·ellc. Thomas a dû dépouiller bien des collections de journaux pour établir la filiation des idées qui se sont coordonnées pour former le sr1cialismcde celte génération réaliste. L'A venir ,uitio,wl, !'Opinion ,wtio,wle, I' Electeur, le Réveil, la Lanteme, la ,1/arseillaise, le Cotirrier français et la Rive gauche ne sont que les plus connus de ces organes de l'avant-garde ouvrière 011 républicaine. Les croyances du prolétariat ne s'établissent plus comme au temps de l'utopisme, par de grands systèmesimaginéspa,·dcshommes supérieurs. L'effort collectif de toutes les organisations ouvrières, effort de pensée et effort actif, est seul capahlc de faire face à des nécessités multiples que ne domine plus une réflexion d'homme, si compréhensive et inventive qu'on la suppose. L'idée de la•grève des pcuplescontrela guerre», lancée en 1866 par le Cuurrier français e.t la Rive gm1c!te, est une de ces idées, jaillies de l'effervescence des réunions publiques et qui se réaliseront un jour par l'effort concerté des masses; et il est curieux que, placée dans son tcrnps,oxpliqu<'c par les mobiles qui l'ont fait naître, à la veille de Sadowa, celle idée, honnie aujourd'hui, nous apparaisse dans tout l'éclat de sa générosité humaine. La doctrine qu'on a de nos jours appelée hervéiste est née spontanément en 1866. niais il y faut joindre le correctif des faits, et ne pas oublier que les ouvriers (p.265)au nomdesquclsparlaicnl Verrnorel et Albert Fermé furent les premiers à s'enrôler dans les bataillons de marche, et les seuls qui prirent au sérieux la défense nationale, quand déjà les classes dirigeantes, menacées dans leurs intérêts, pactisaient avec l'ennemi. Il faudra LouJours rappeler à la bourgeoisie que les canons de la Commune sont les seuls qui n'aient pas été li,-rés aux armées allemandes.« Par un revirement singulier, - Lcvcrdays l'a dit dans son pamphlet sur la Fin d'un po,woir fort, - les pacifiques de la première heure sont ainsi devenus les outranciers de la dernière. » Il e,,t naturel aussi que les listes de ces bataillons de marche, où figuraient les membres les plus connus de l'lntemationale, se soient transformées entre les mains des exécuteurs de mai, en listes de suspects. Les ouvriers de 1871 ne pensaient pas que les prolétaires n'aient pas de patrie. Ils pensaient seulement que la patrie des ouvriers est moralement et matériellement différente de celle que défend la bourgeoisie. Pou~ créer cette organisation active cl puissante du nouveau socialisme, il a fallu un apprentissage suivi. Les groupements corporatifs d'alelie,· ou de secours mutuels, les caisses fédératives de prévoyance constituent le champ d'expérience où quotidiennement les ouvriers apprennent les difficultés et la discipline de la solidarité économique. L' lnternatùmale fournit la direction supérieure,« la mai-

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