Albert Thomas - Le Second empire : 1852-1870

1t6 IIISTOIRE SOCIALISTE européennes s'en inquiétaicnl, les ministres mêmes de Napoléon, tenus en dehors du secret, s'en inquiétaient bien davantage. Au début de 1859, ils furent informés de cc qui se préparait. Aux réceptions du jour de l'an, l'Europe fut dramatiquement avertie de ce <1uise préparait. Au compliment <ln baron de llübner, l'Empcreur répondit: '< Je regrette que nos relations avec le gouvernement autrichien ne soient plus aussi bonnes que par le passé». Et, dix jours plus tard, ouvrant son Parlement, Viclor-~mmanucl se déclarait« prêt à marcher résolument au-devant des éventualités de l1 aveni1·, à ne plus sacrifier au respect des traités le long cri de douleur qui s'élevait vers lui de tant de parties de l'Italie"· L'Empc1·eur a,·ait lui-m(·mc i·cn, et col'igé le discours du roi. La guerre parut imminente; la Bourse baissa. Ce ne rut pourtant qu'à la fin d"avril que la guerre éclata. Pendant quatre mois, la diplomatie cu1·opéenne, inspirée par l'Angleterre, essaya de régler la q,iestion par un Congrès. Pendant quatre mois aussi, les conseillers de l'Empereu1·. Fould, 1\'alewski, ~lorny, Pélissier, "\"aillant, Fleury s'effor- <.'èrcntde l'arrêter dans son entreprise, prédisant des catastropht:s, montrant l'insuffisance des forces militaires contre des coalitions possibles. Alo,·s se passa un fait singulier. Contre ces conseillers timides, contre ces hommes qui lui montraient la froideur de l'upinion, :'lapoléon Ill tenta de ré,·eiller la passion pl'Opagandiste, cette passion de l'intervention pour la liberté des peuples, qui avait été le pat,·imoine commun des républicains et des bonapartistes. Contre les cléricaux ou contre les timides, il sentit le besoin d'être appuyé par une fo1·ce populaire, par un enthousiasme nationaliste. Il lit appel aux ,·icil/cs traditions révolutionnaires. Dans cette heure incertaine, l'homme qui avait ruiné la presse, étouffé la voix des parlementaires, supprimé l'opinion, se sentit seul en face de ses alliés cléricaux ou de ses intimes. Il mu lut que d'a:.:tces pussent parler. De là cette étrange attitude d'un prince absolu qui fait appel à l'opinion. qui veut par avance une approbation de ses actes. Le:{ févrie1·, sous le nom de ~I. de la Guéronnière, conseiller d'Etat, parnt la brochure: L' Empereur el fllalie. :'\apoléon Ill l'a"ait commandée et peut-ètre dictée. L'auteur y faisait appel au nationalisme traditionnel. li y montrait le rôle d'arbitre des peuples qne la France avait à remplir; il rappelait sa mission historique, la protection des principes reconnus, la défense des d1·oits authentiques de tous les peuples; mais il disait aussi son désir de la voir remplir pacifiquement cette mission. Quelques jours plus tard, le 7, ]'Empereur parlant de la situation anormale de l'Italie, cl d'une guerre possible, disait au Corps législatif, dans 1111 langage également propre à réveille,· la passion interventionniste: « Que les uns appellent la guerre de tous leurs vœux, sans raison légitime; que les autres, clans leurs craintes exagérées, se plaisent à montrer à la France les périls d'une nouvelle coalition; je resterai inébranlable dans les voies du droit, de la justice, de fho11neur 11alio11al, et mon gouvernement

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