Albert Thomas - Le Second empire : 1852-1870

!JO JIISTOIHE SOCIALISTE régions ind11stricllrs, Je fail est ind(~niahlc : secrètement, intim~ment, ils demc11rèrcnt fidèles it leur idéal. ~lais con1111Pnt?par quels efforts obstinés:' Ca,· est il rien qui s'oblilèl'c plus vite qu'une opinion, conlraintc au silence, ù l'inaction '.I- Les catholiques le saYcnt bien. Pour ne point oublier, pour renouveler les souvenirs et ranimer l'espérance, les 011,-ricl's ,·épublicains ne nt~gligèrent aucune occasion. lls curent d'abord les cntcrre1ncnts 1 les grandes foules, silencieuses, recueillies, ,·cnanl affirme,· derriè1·c un ccr<'ueil, qu·unc pensée viYail encore, qui avait été celle du morl. Les cnlel'l'cmcnts républicains furent une inquiétude constante pour la police impériale. Quand la mi-rc de Ledrn-Hollin mourut, , elle s'empara du C'Ol'ps, de grand malin cl personne ne put le sui,Te au cimetière. Quand dans l'hirnr ùe 18:;:1, .\rmand ~larrasL expira, q11elques amis purent sui,-rc son ccrccuil; aucun ne put parler sur sa tombe. ~lais les précautions étaient Yaincs quand le peuple-, co1'itc que coùtc, ,·ou lait manifester sa fidélité aux sou,·eni1·s. Quund la fcmrne de Raspail rnourut, et bien q11c la nouvelle ne f,H connue que depuis vingt-q11atre heures. vingt-cinq-miJlc ou,Ticrs ,·inrcnt rendl'c un <le,·nier hommage :\ la femme de leur ami. Guettés par la police, ils marchl·rcnl sans rien dire, cl cet immense cortège silencieux impressionna. l~n 18j:i, encore, quand Lamennais mon rut, la brutalité policiè1·c s'était donné libre jeu: une affiche avait annoncé que ses parents et exéculcurs testamentaires seraient seuls admis :i le suivre a11 cimetière. En min I Lorsque le corbillard passa dans le faubourg Saint-Antoine. les ouvriers ani,·èrcnt c:n masse pour grossir le cortège, cl la police duL charger pour les refouler. Parfois, le gou,·ernement usait d'un autre moyen : il arguait du talent, de la renommée scientifique du savant ou du poète qui venait de mou1·ir et lui faisait rendre des honneurs officiels. Des troupes cntonrçrcnt le corbillard qui emporlail François .\rago ou Béranger. Au besoin, les fusils auraient été relevés et chargés ... ~lais si la foule ouvrière, soit à Paris, soit en prodnce, ,nanifeslail ainsi sa fidélité à la Hépublique, c'est qu'elle continuait d'être secrètement travaillée, groupée, é<luq11éepar d'ohslinés propagandistes. Les procès, des souvenirs, quelques mémoires, donnent quelquefois de curieuses indications sur celte propagande secrète. Dès 18:i2, au lendemain mèmc du Coup dï~lat, les magistrnts, les procureurs chargés d'abaurc le républicanisme arnicnt p11se rendre compte que les ou,Tiers, si cruellenlcnl décimés par les commissions, ne désarmeraient pas. C'étaient eux qu'ils a,·aient trouni lors de la résistance au Coup d'État, dans· les mairies insur·1·ectionnclles; c'était dans· leurs sociétés corporatives, confondues avec leurs sociétés secrètes qu'ils avaient pu YOÏr l'origine de toutes « les insurrections de décen,bre »; c'étaient contre eux enfin que les commissions mixtes avaient reçu le plus de dénonciations, JI Y a, aux Archives nationales, sous la cote BB 30/f,24 un registre des plus curieux, contenant la copie de la statistique dressée au greffe des corn-

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