62 IIISTOJRE SOCIALISTE rouges, el, pour prévenir tout mélange des siens avec eux, il fait mcllrc au règlement qu'aucun brigadier ni chef d'escouade des Ateliers nationaux ne peul faire partie ni être délrgué d'aucun autre corps. Un dernier détail montre quelle est alors l'altitude des subordonnés d'Emile Thomas. Beaucoup d'entre eux, en apprenant que Rouen est en insurrection, veulent partir pour y défendre l'ordre contre les ouvl'iers rouennais. En somme le but ,·isé était alleinl. Les ateliers nationaux avaient rempli leur fonction de dissolvant de la classe prolétarienne. lis étaient devenus une véritable armée de mercenaires à la solde de la bourgeoisie. Quel est, pendant cc temps-là, leur rôle économique? Le total de leurs membres a grossi démesurément cl la faute en est à la lois aux modérés du Gou• vcrncmcnt, au capital cl aux ouvriers. 1.es modérés lacilit<•nt l'embrigadement pour soustraire le plus d'hommes possible à l'influence redoutée du socialisme. Le capital !ail grève; l'argent émigre el se cache les fabriques se ferment tantôt par peur, tantôt pour augmenter l'embar·ras d'un pouvoir qui a reconnu le droit au travail. On rencontre sur les listes d'inscription, souvent bâclées à la hâle, des enfants de dix à douze ans. Ce sont des maitres d'apprentissage qui se procurent ainsi un revenu supplémentaire. Des patrons aussi ont la prétention de faire des• cendre les salaires au prix dérisoire que paient les ateliers nationaux et leur per'" sonne) les abandonne alors avec indignation. Les ouvriers, de leur côté, veulent saisir l'occasion de r,:dever la valeur du travail; ils se mcU~nl en grève d'autant plus aisémenL qu'ils sont sûrs de vivre, sans toucher à leur fonds de réserve, quand ils en ont un. Peut-être même quelques-uns voient-ils là un moyen de faire capiLuler la cla,sc patronale. Puis des travailleurs de province amuent, poussés par la misère el par l'espoir d'avoir part à la manne officielle. A la fin de mai, les garnis parisiens comptent 30.000 locataires, au lieu de 8 à 10.000, chiffre ordinaire en celle saison. Enfin, trop heureux de vivre en lazzaroni payés, des professionnels de la fainéantise (si l'on peut ainsi parler), comme il en existe en tout temps, viennent réclamer du travail avec d'autanl'plus d'insistance qu'ils savent qu'on n'en a pas à leur donner. L'accroissement est donc rapide. A la fin d., mars, il arrive à 40.000 hommes, sans compter les lemmes, el la (dépense journalière s'élève à 70.000 francs. Le 15 avril, E. Thomas dit aYec une espèce de fierté: • Bientôt vous serez cent mille! t Cc beau cbifîre est, en cfîcl, atteint au débuL de mai. Cependant, où en est-on pour les travaux ? Il y en a beaucoup de projetés: habitations ouvrières à édifier; canaux à creuser; chemins de Ier à construire; camp de Saint-Maur à défricher. On demande au gouvernement des avances pour les entrepreneurs en bâtiments. Mais le gouvernement n'a point d'argent. Rien ne se lait.On n'occupe plus les hommes qu'un jour sur quatre. El cc n'est plus seulement la misère, c'est la démoralisation pour la classe ouvrière. Elle s'habitue à recevoir l'aumône, à perdre son temps au cabaret ou en promenades bruyantes qui ressemblent à des émeutes; la presse retentit des plaintes et des craintes de la bourgeoisie.
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