Georges Renard - La République de 1848 : 1848-1852

lllSTOIHE SOCIALISTE 55 d'une espèce de terreur. • Le 1î mai, écrit George Sand, j'osais à peine sortir en plein jour avec mes amis. L'ordre régnait. • Portalis, à la Chambre, signale en l'approtl\·ant l'arrestation par la garde nationale• d'hommes tenant des propos communistes•· Plusieurs légions signent une pétition demandant le rétablisse• ment de l'éclrnfaud politique. D'autres, accourues de provinces, ajoutent encore à la fer.mentalion. Cette malmcontr,•use journée du 15 mai était, de !la part du parti républicain avancé. une faute énorme; plus qu'une faule politique, au dire de George Sand, une faute morale. Il en sortait, non seul!'ment décapité, mais· amoindri. Il a,·ait sans motits graves, sur do simples dépits, donnf le signal de la révolte contre la loi qui était républicaine; il avait j•t•l dans les esprits un ferment permanent d'inquiétude; il avait, en quelqu,• sorte, justifié les coups de foece futurs; il avait fourni aux ennemis du sociali,me la faculté de lui prêter avec quelque vraisemblance les plus noirs desseins. On pouvait lire deux jours plus lard au Jlonileur que Barbès avait été interrompu par ces cris: • Cc qu'il nous faut, c'est deux heures de pillage! • Calomnie probable! L'interruption ne figure que dans u1w seconde version arrangée après coup, cl quand celui qui arnit apporté cc r~ns0 igncmenl au Joumnl o/firiel fut sommé de comparaitre dc,·ant la justice, il se rétracta formellement. La calomnie n'en avait pas moins fait le tour de la France cl de l'Europe. C'est à l'.\sscmbléc qu'on pcuLsuivre le contre-coup de l'allcnlat manqué: u.nc moitié du partie républicain aux prises aYcc l'autre; les 'modérés travaillant d'accord avec les royalistes à se débarrasser des• rouges•; allaquc directe contre les chefs de la classe ou,·rière; proposition d' lsambert ,de .fermer tous les clubs, motion qui n'est pas C'ncorepriseen considération. mais qui demeurecomme une pierre d'allcnte; autorisation de poursuite demandée contre Louis Blanc, qu'on accuse d'aYoir été de conni,·ence avec les cm·ahisseurs; Jules Favre concluant à la mise en accusation dans un rapport doucereusement fielleux, qui fut comparé à une jatte de lait empoisonné cl qui, inalgré le manque total de preuves. ne fut repoussé qu'à trenle-~eux voix de majorité; Caussidière accusé à son tour cl ne désarmant l'hostilité que par sa bonhomie pittoresque cl surtout par un sacrifice habile, par sa démission de préfet de police el de député. Le parti avancé est aballu, chassé des positions qu'il occupait, réduit 0à la défensive; mais, par un 0hoe en retour, le parti modéré est allninl du même coup. La Commission exécutive est déconsidérée, soupçonnée pour n'avoir pas su prévenir l'humiliation subie par l'Assemblée. Peu s'en faut qu'on ne lui reproche • de pactiser avec le désordre •· On pousse déjà des candidats à sa succession. Quand Lamartine monte à la tribune, ce n'est plus ,en don,inateur, en orateu,· aimé, admiré, tout puissant, il est accueilli par un froid glacial ou par des rires. ~j Dref la République est descendue encore d'un degré sm· la pente où elle roule. Les républicains tricolores commencent à parallre trop bardis. Les royalistes reprennent courage. Des intrigues légitimistes el orléanistes se nouent. Les prétendants des deux branches rivales sont également frappés de bannissement,

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