Georges Renard - La République de 1848 : 1848-1852

52 IIISTUIRE SOCIALISTE faut pas jouera,·ec l'action et ils suivent leurs troupes plus qu'ils nr les mènent. Tls annonrrnl hautement, comme 1-Iubcr que la manirestation sera pacifique rt se contentera de présenter une pétition. Une première lois, le 13 '!'ai, un long cortège sr met en route el s'arrêl<• place de la Concorde. ~Jais on recommence le lundi 15 mai. Que s'est-il passé dans l'intervalle ? Faut-il croire, avec Ledru-Hollin, à un désordre voulu par des agents bonapartistes qui espèrent pêcher rn•eau trouble pour le compte de ceux qui les paient; avec ·Haspa.il, à un ténébreux dessein de la police, de Marrast el des modérés, désireux de compromettre irrémédiahlemenl les révolutionnaire, parisiens; avrc d'autres, à un machiavélique calcul de 131anqui et de quelques chers de clubs, escomptant unr résistance, des cadavres rt le renouvellement du tragique scénario qui avait provoqué la chute dr la monarchie ? \"oulait-on seulement (ce qui parait Ir plus probable) envelopper, intimider l'Assemblée et la contraindre à délibérer sous la pression des masses populaires? Toujours est-il que la colonne des manirestants part de la plarc de la Bastille sans savoir ce qu'elle va raire. Le général Courtois, nommé de la veille commandant"" chef de la garde nationale, a donné des ordres imprécis, contradictoires, si bien qu'il n'a pas sous la main les forces nécessaires pour barrer la roule. 11 essaie par d~ bonnes paroles d'arrêter la colonne qui ne l'écoute pas cl rranchil le pont de la Concorde non défendu. Un bataillon de gardes-mobiles protège le Palais-Bourbon. Va-t-il user de ses armes ? Le général recule sans doute devant l'horrible nécessité de verser le sang de ses concitoyens. Il laisse ou rait mettre la balonnet'e au fourreau. Les assaillants escaladent ou entr'ouvent la grille. D'autres font le tour ' du monument. A l'instant même où Wolowski, auteur de l'interpellation qu'on discute ce jour-là réclame, au nom de la justice, l'émancipation de la Pologne, la salle est envahie. En vain Lcdru-Hollin, Lamartine, et, avec l'autorisation du Président Buchez, Louis Blanc essaient-ils dr calmer el de faire sortir les envahisseurs. Louis Blanc, applaudi, non obéi, est porté malgré lui en triomphe. Cependant Raspail monte à la tribune et lit la pétition. Après lui Blanqui veut parler. Barbès le devance pour réliciter le peuple d'avoir reconquis le droit de pétition et pour inviter l'Assemblée à faire cc qu'on lui demande. Puis, quand Blanqui a pu enfin réclamer l'abolition de la misère et l'organisation du tra,·ail, Barbès somme de nouveau l'Assemblée de déclarer la guerre, de décréter un impôt d'un milliard sur les riches, d'éloigner les troupes de Paris. Le tumulte va croissant. Toul à coup un homme au visage pâle et à la longue barbe rouge, un homme qui aort d'un long évanouissement, se hisse à son tour à la tribune et proclame: Au nom du peuple trompé par ses représentants, l'Assemblée est dissoute. C'était Aloysius Hubcr, personnage énigmatique, professionnel de l'émeute, président de club, qui avait d'étranges relations avec Marie et avec Marrast, qui passa aux yeux de beaucoup pour ~nagent provocateur et qui ne fut peut-être après tout qu'un déséquilibré ! Le cérémonial des Coups d'Etat populaires était ainsi suivi à la lettre. fi ne

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