Georges Renard - La République de 1848 : 1848-1852

lllSTUIRE SOCIALISTE 51 de se réservrr la nomination des ministres. Elle exige que les membres de la Commission exécutive assistent aux séances. IWe se divise elle-même en quinze grands ,'oniités permanents qui se chargent de préparer toute la besogne législa• ti,·e. Elle enicnd djriger la politique. Les pal'li, a,·ancés observent avec colère ces symptômes qui ne leur disent rien qui vaille. Le journal La Commune de Paris avait déjà écrit, au lendemain de, élections : • Si l'Assemblée avance, ce sera le peuple qui l'inspirera. Si elle s'arrête, si elle recule, ce sera le peuple qui fera lui-même sa Constitution. • Les ouvriers du Luxembourg, les anciens détenus politiques déclarent qu'ils ne prendront pas part à une fêle de la Concorde que l'on annonce, si bien qu'on est obligé de l'ajourner. On parle vaguement dans certains milieux de jeter les dépu• tés récalcitrants par les fenêtres. On songe surtout à peser sur ces provinciaux pour les forcer à voter des lois démocratiques. Peu à pQu le projet se dessine d'organiser une grancle manifestation pour leur faire connaître la volonté de Paris. En avant on jette une idée qui doit rallier les sympathies les plus di,·erses : intervention en faveur de la .Pologne. La Pologne est la vieille amie de la France; chaque année ,a Chambre sous LouisPhilippe, à émis un vœu platonique pour son affranchissement. Or elle est oppri• mée plus que jamais; les patriotes soulevés ont péri exterminés; les réfugiés partis à leur secours ont été massacrés, traqués; leurs débris reviennent en pikux équipag,'. Le moment n'est-il pas venu de sauver un -peuple qu'on égorge, de poursuivre sa restaura lion? N'est-ce pas appliquer ce principe des nationalités qui remue Ioule l'Europe? Les catholiques sont engagés d'honneur à vouloir la résurrection d'un Etat qui lut le houlevard de la chrétienté. Parmi les plus modérés des représentants, il y a des homm,•s, tel Wolowski, l'économiste, que leur origine oblige à ,oulenir la cause d,• la nation martyre. Sans doute, ce sera le commencement d'une guerre européenne .. \1ais va pour la guerre! Elle sera une sùlution momentanée du problème angoissant qui tourmente la France. Des prolétaires sans travail elle fera des soldats de la liberté. Elle leur donnera de la gloire à défaut de pain. Elle sonnera le glas des vieilles tyrannies. Elle jettera sur le monde une armée de propagande révolutionnaire. Et ici apparaît une liaisoH impré,·ue Pntre Ja question polonaise el la question sociale. La guerre est un- prétext,• à mesures extrêmes. Qui sail si elle ne fera pas naitre un nouveau Comité de salut public; si elle ne sera pas Je moyen de déterminer, en France rl ailleurs, le grand bouleversement d'où sortira une Société rajeunie ? Assurément c'esl un rare $Oectacle el tout à la louanlle de la génération de 1848 que celui d'un peuple se s;;ulevant. par sympathie fraternelle pour la souffrance d'un autr~ pcup1e. )fais les gens sages redoutent ce coup de folie 'chevalef'!sque. Bastide, le ministre des Affaires étrangères, dénie à la France le droit de trancher, à elle seule une question ·européenne, Louis Illanc, Cabet, Raspail virent un danger dans la sommation qu'on veut port.cr à l'Assemblée. Proudhon la déconseille dans son journal, Barbès et Blanqui hésitent. lis sont d'avis qu'il ne

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