HISTOIRE SOCIALISTE 383 quelque chose. JI n'y a que deux puissances dans le monde, le sabre el l'esprit; or à la longur, le sabre esl toujours ,•aincu par l'esprit. • Napoléon Ill pouvait méditer ces paroles que Montalembert rappelait du haut de la tl'Ïbune; elles contenaient le secret de sa faiblesse; elles présageaient l'issue du duel, héroïque en son genre, engagé entre ces exilés, qui, persécutés, traqués, réduits i1 promener de contrée· en contrée leur pauvreté vagabonde. forts seulement de leur talent, de leur conscience, de leur amour pour le peuple et la liberté, déclaraient une guerre sans merci i, un empereur de hasard soutenu par une police et une armée formidables, par le clergé, la magistrature, la banque. par toutes les peurs coalisées et serrées autour de •on trône. Ce n'est pas en vain non plus. dans le domaine économique, que le régime capitaliste a été, sinon ébranlé. du moins dénoncé, menacé, attaqué comme inique. Non seulement, au sein même de la bourgeoisie, une partie se sent troublée dans la quiétude de sa domination ; elle est assaillie de doutes •nr la durée, voire la légitimité de ses privilèges; des • intellectuels •, comme on dit à présent, persistent i, se demander; - Comment se faitil que les travailleurs gardent aux do/gts si peu de la richesse qu'ils produisent~ Est-il prouvé que la misère doive être éternelle? - Et par ces individus qui comptent, quoique peu nombreux, se préparent dans le camp ploutocratique ces défections, i1 tout le moins ces hésitations, celte complicité tacite qui annoncent d'ordinaire la défaite prochaine d'une classe par une autre. Mais, de plus, si les grands faubourgs populeux se taisent par lassitude ou par contrainte, ils pensent, ils rêvent, ils se souviennent. Un éclair d'espérance a traversé leu_r ciel sombre; une lueur d'aurore a brillé sur leur horizon et leur a fait entrevoir un avenir de bonheur et d'égalité. Ils ont cru qu'ils allaient le toucher de la main; el, quoiqu'ils n'aient pu le saisir de leur premier élan, ils ont conservé dans les yeux l'éblouissement de cette ·,ision éphémère el dans le cœur la foi tenace quïls l'atteindront un jour. Cela est si vrai que, "depuis cinquante ans, malgré les arrêts, les saccades, les chute,, les pas en arrière, la France s'obstine i1 évoluer vers celle • République démocratique et sociale • dont elle eut alors la brè>-e intuition. Elle refait par petites étapes le chemin qu'elle ne put parcourir d'un bond. La Révolution de février se monnaiechaquejour en réformes, dont chacune pourrait être signée d'un homme de ce temps-là. Libert~ de presse, de réunion, d'association. instruction primaire gratuite et obligatoire, enseignement professionnel, service militaire pour tous et réduit à deux ans. M!paralion des Eglises et de l'Etat, puissante floraison de sociétés ouvrières, abolition du marchandage, limitation du labeur· journalier en faveur des femmes, des enfants'et même des adultes, repos hebdomadaire, proscription des industries insalubres, assurances contre les accidents, séries dr lois protectrices qui forment tout un code du travail: autant d' • utopies • qui
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