Georges Renard - La République de 1848 : 1848-1852

382 HISTOIRE SOCIALISTE passer du socialisme français ù ce qui va ètre le socialisme allemand. Ainsi la Hholution de 181,8 est la ligne de partage entre deux grands eou,·ants intellectuels, qui se suivent l'i s'orientent en sens inverse l'un de l'autl'C. Elle ressemble ,1 ces cols l'lroits et courts qui, au passage d'une montagne, séparent la h1ontée de la descente. Cela seul en ferait un point remarquable su,· la route que parcourt l'humanit,; en marche; mais cc n'est pas assez dire. Est-il vraisemblable que les désirs de mieux-être et les volontés de bien faire qui ont fait éruption en ces années bouillonnantes, aient abouti à un a,·orlement pur et simple? Est-il possible qu'il ne soit rien sorti, rien resté du multiple remuement d'idées, de passions, d'intérêts qui a si rudement secoué la vieille Europe? Comment croire à une pareille nullité de résultats? Le fait est que partout, dans les monarchies les plus réfractaires au changement, dans les Empires les plus autocratiques, nMlgré l'écrasement o_u l'expulsion des novateurs, malgré le calme revenu à la surface, d'étranges frissons n'ont cessé depuis lors de frémir en la profondeur obscure de• masses populair(!s, tandis que dans les hautes régions un vent de résnrrecLion soufflait par intermittence sur les projets morts-nés d'une époque scellée eu apparence sous la pierre du tombeau. Qu'on se remémore seulement l'introduction du suffrage universel en Prusse, l'abolition du servage, en Hussie, la fondation de l'unité italienne ou allemande, le développement régulier de la démocratie en Suisse, el l'on y reconnaitra sans peine des rêves de 1848, qui, après avoir couvé silencieusement dans les cerveaux, ont germé, surgi au grand jour, et tantol par la brusque décision d'un souverain ou d'un ministre intelligent, tantôt par l'effort opiniât.re d'une nation entière, se sont transformés en réalités vivantes. Qui donc ignore aujonrd'hui que, de leur propre aveu les Ibsen, les Tolstoï el bien d'autres guides ou grands hommes du XIX• siècle finissant, ont bu la coupe enchantée que les écrivain, el réformateurs du demi-siècle précédent, el parmi eux J~s Lamennais, les Georges Sand, les Pierre Leroux, avaient remplie du vin généreux de leur pentée? Mais, sans nous attarder ù rechercher en tout pays les conséquences et les vibrations prolongées de ce qui fut jusqu'à nos jours le dernier grand mouvement international, quel sillon n'a-t-il pas creusé dans celle France même où nous l'avons vu se lancer avec tant de fougue, se briser aux oh•-· tacles avec Lanl de fracas el s'arrêter avec tant de rapidité! Ce n'est pas en vain, dans le domaine politique, que, pour, la seconde foi• la République a revécu el succombé à un guet-apens sur le sol où elle avait passé jadis comme un ouragan. Cette renaissance était pour elle une promesse d'y reparaitre avant peu et cette nouvelle mort violente un averti11emenl à se défier des Césars de rencontre. « Savez-vous ce que j'admire le plus, disait Napoléon !•• à Fontanes? C'est l'impui11ance de la force à fonder

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