Georges Renard - La République de 1848 : 1848-1852

3i8 HISTOIRE SOCIALISTI~ monar<-hir dr droil di, in rt i, la religion catholique. Mais il n'en est pas moins vrai que la France. san~ .~trc encore noyée dans la masse croissante de se, ,oisin<'S, est par rappo,·t it clics amoindrie et affaiblie, parce qucccllesri. <'Il opérant :1 le111·tour la ro11rcnlratio11 de leurs fo1·ccs, lui enlè\'ent l'avantng-cd'ètrc la srulc p11issanrc unifiée au milieu d(I'nations morcelttcs. Elle a encore le second l'ang dans le monde pour la p1·odurtion industrielle el le mouvcmcnl <·ornmerrial: son activité est loin d'«-..trcamo1·tic dans le-domaine économÎ<(IIC comme dans le domaine scientifique; elle r,:splendit toujours de l'éclat cics lctlrcs cl des arls. ~lais sur d'autres points cllr a subi des changements graves cl. il faut le dire, un amoind1·isscmcnt consi<ll·rable. Chez tous les peuplrs et à Ioules les époques coexistent, toujours en lulle, une trndanc·c idéalisle C'l 11nr tendance réaliste. La première co11sislc à se lancer hardiment dans les th,•orics, lm; projets, les rèycs. les utopies m~mc; cllr ,·ise à modeler lrs choses sur les conceptions de l'intelligence: elle csl a,·dcmmenl réfo1·mal1·irc et ,•olontic1·s révolutionnaire; la seconde consiste li s'attacher étroitemcnl aux faits, à marche,. prudrmmcnt sur le terrain solide do la pratique; elle pousse l'htuumc :·l s'aclaplrr au milieu qui l'environne; clic esl fa,·orablc au prog,·ès tt·ès lenl ou n1t'mc rllc est tout i, fait conservatrice. Chacune prC'dominc tour a tour, sans pouvoir jamais supprimer l'autre, qui est prO\'Îsoircmenl réduit<· à un rùlc secondaire. Or, a\"anl JS/18, ccll<"qui l'en1portail <·11 France- cl en Eu1·ope, était, sans contredit possible, la tendance idt•aliste. La tendance r,·aliste était momentanément la plus faiblr. Ap,.ès 181,8, cet ordre est interverti. Et pourquoi en est-il ainsi:• Parce que les utopies sont so,·tics prématurément des livres pour courir les rues: parce que les rè,·cs ont vainement essayé de se transforn1er en !'(•alités; parce qu'il y a eu l'évolution êbauchéo cl manquée; parce que l'échec de la République, de la démocratie, du socialisme a été une lamentable déception, non seulement pour les novateurs qui croyaient i1 un prompt et facile· succès, mais pour le peuple qui, du haut de ses illusions, est retombé les reins cassés sur le sol dur d:oü il s'était hasardé en plein ciel. Il s'ensuit chez ceux qui ont rspéré une transformation rapide de la société une amertume et un désenchantement qui ont pour pendants chez les autres. chez ceux.qui ont eu peur pour leurs biens ou leurs privilèges, la haine des idées, la défiance du sentiment, un appétit de tranquillité à tout prix. L'année 1848 csl ainsi le tournant du x1x~ siècle, le moment oll s'opère un~ ,·oltc-farr complète dans l'évolutiQn intellectuelle cl sociale. Sui\'ant le rythme qui gouverne la \'ic des peuples comme les flots de !'Océan, la majorité des esprits, après s'c'l·trelongtemps dirigCc en un sens, reflue avec violence dans le sens contraire. Elle envahit tous les domaines, celle réaction réaliste, qui doit durer près d'un demi-siècle cl qui a, comme toute chose humaine, son bon et son

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