Georges Renard - La République de 1848 : 1848-1852

352 IIISTOIRE SOCIALISTE rcncc éll'angcl'c: que, si l'industrie du suc de betteraves s'était dévcloppCc, c'était gl'.ice à l'abri tutélaire que lui avait ménagé la loi. Il in·voqua le danger qu'il y a pou,· une nation à se mettre dans la dépendance d'une autre pour son alio1cntation, ce qui anivc nécessairement, si elle laisse cnlr~r chez clic le hl~ pl'Oduit ailleurs i, plus bas prix. Il é,·cilla le souci de la défense nationale, qui serait compromise, si lïndustric de la houille et celle du fci- Yenaicnt à ètrc tuées en France par des importations exotiques qui pourraient cesser en temps de gucnc. Il déclara enfin que l'industrie française ne pouvait conserver ses trois ca,·actères essentiels - universalité - perfection - cherté - que si elle résistait à la proYOcalion habile de J'Angletcrre, produisant davantage et à meilleur rnard1é, mais avec moins de go,\t et de fini. Enfin il se posa, lui aussi, en défenscu,· de la classe ou,-rièrc, qui chômerait, si des usines \"Cnaient ~1 se fermer, par suite du combat inégal qu'elles ne pounaicnt soutenir avec la fabrication anglaise. Thiers a"ait cause gagnée devant l'Assemhléc. A peine voulut-on écouter ses contradicteurs. Mais ni eux ni lui n'allaient jusqu'au fond des choses. Le prnblènrc à ri·soudre <'tait <'trangcment complexe. Il oppose les intérêts de l'oun·icr producteur qui a besoin de tra\'ail à ceux de l'ouv,·icr consommateur qui a besoin d'aYoi,· le pain et la Yiand,e à bon march<'-. Il oppose la mélropole aux colonies, et bien plus I les dllcs aux campagnes, les régions aux régions, celle des bctteraYcs it celle des Yignobles, k :\'ord au Midi, parce que les nations ,·oisines se vengent toujours de toute prohibition à la douane frauçaisc par un 1·elè\"emcnt des droits d'entrée sua· les vins fran{·ais. i\lais établir le lib1·e(·changc, c'est supprime1· les frontil·1·es en matière économique et parlant ,·o,doi,· que la terre entière ne soit plus qu'une confédéralion d't::tats, membres solidaires d'un corps immense. Les libre-échangistes sont de grands ré,•olutionnaircs sans le savoir. Le mot le plus profond fut prononcé dans la discussion par le ministre des finances, Fould, qui \"Înl i, l'aide de Thiers. li fit ohscn·cr que leur doct,·inc implique cette conséquence: « Il convient que chaque pays ~roduise ce que la nature lui permet de p1·0duire au plus bas prix. • ~lais cette division intelligente du travail entre les diYc1·scs nations de la planète, cette spécialisation de chacune d'elles dans les cultur~s et les industries oil clic est sans ,·i,·ale, suppose nne humanité _oil elles sauront régler leurs différends par l'arbitrage et non par la force. C'est un idéal pacifiste. Elle suppose aussi qu'en chaque pays la production et l'échange, au lieu d'èlre abandonnés au hasard de la fantaisie individuelle, seront organisés, réglés, contrôlés paru ne commission connaissant il fond les besoins qu'il s'agit de satisfaire. C'est un idéal socialiste. Tant que cette unification économique de chaque nation el de la planète ne sera pas réalisée, libre échange et protectionnisme auront l'un et l'autre ' leurs inconvénients graves et leur alternance l'égulièrc. C'est le protectionnisme qui dominait alo,·s. La proposition de Sainte-Beuve fut rejetée à

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