IIISTOIHE SOCIALISTI~ ·dont elles n'étaient pas dignes; elles reposaient, pour ai11si dil'e, en l'air, sur un capital fictif. On a calculé que, sur· les 1:; milliards qui représentaient alors l'ensemble de la circulation française, le numéraire po11,·ait t~lre C'ompté pour deux milliards el demi. les billets de banque pour 400 millions: le reste, soit environ 12 milliards, consistait en promesses de paiements à terme. La liquidation, précipitée par la Hholution de Févrie,·, fut terrible. Il y aurait eu nombre de faillites, de catastrophes, si, dès le 2G Février, on n'avait prorogé de dix jours les échéances commerciales. ~lais le danger subsistait cl il était fort sérieux. Proudhon - comparant la première Ré\"olution à celle de 1848 - a fait cette rcmarqtH' qui est fort juste: à savoir que la nation française ne subsistait plus au milieu, du xrxe siècle comme ~t la fin du siècle précédent sur la propriété, mais qu·clle vivait de la circulation, <ln crédit, ce qui rendait les fortunes solidai1·es les unes des autres et ne pel'nlellait plus la longue durée d'un élat l'éYolutionnaire. Il était nécessaire d'aviser. Le commerce, comme après 18:30,réclama du Gouvernement provisoire des secours directs; mais celui-ci avait peu d'argent ii sa di~position ; et puis, si l'on accordait des millions aux commerçants, que faudrait-il distribuer aux ouvriet·s beaucoup plus nombreux et plus besogneux encore? Dans leur affolement des négociants, des banquiet·s, des boursiers cl avec eux la Chambre de commerce de Paris, voulurent arracher ~, cc Gouvernement récalcitrant la pro1·ogation de toutes les •échéances à lrois mois. Ce ful le but avoué de la manifestation du 9 Mars. Elle n·oblinl qu'un refus. Au lieu de suspendre la Yie commerciale, on tàcha -de la ranimer·. L'essentiel était de rétablir le fonctionnement du crédit. Or il était fort ·mal organisé. L'argent était très cher; non pas qu'il fût très rare; le nombre -croissant des dépôts dans les caisses d'épargne eût suffi à JH"0UYerle contraire. Mais il dormait volontiers enfoui dans les coffres-forts et les armoires; il ne savait pas ou n'osait pas se mobiliser pour s'adapter aux besoins du commerce grandissant. Dans les campagnes, l'usure était un fléau; dans les villes, le crédit était fourni par la Banque de France el par les Banques départementales, sans comptel' les banques privées. La Banque de France, institution priviUgiée, n'était guère utile qu'aux grosses bourses. D'une pari, elle ne pouvait remplacer le numéraire dans les petites transactions; ear, jusqu'en 18117e, lle n~admettait pas de coupures au-<.lessous de 500 francs, et lorsque enfin cette année-là elle émit, avec autorisation du gouvernement, des billets de 200 francs, il ne manqua pas de prophètes de malheur (el Thiers en était) pour crier que c'était une cause de ruine assurée. D'autre part, comme escompteuse des effets de cornm.erce, c'est-à-dire comme fournÎ,eeuse d'avances aux négociants, elle exigeait trois signatures et une prime considérable. L'eocompte ne descendait jamais au-dessous de 4 0/0 et mon-
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